Psychose à bord

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Une semaine après les attentats les plus sanglants de l’histoire de France,  commis à Paris, le vendredi 13 novembre, la tension est toujours au pic et la panique est à son paroxysme. Le calme et le sang-froid cèdent la place, aisément, à l’état d’alerte élevé au niveau maximal qui se fait sentir un peu partout dans le monde.

La hantise des attaques est de plus en plus installée provoquant une peur panique qui a fait qu’on commence à voir le mal partout.

D’ailleurs, plusieurs incidents témoignent de l’obsession et de la nervosité qui règnent, ces derniers jours. A titre d’exemple, deux passagers ont été empêchés d’embarquer, mercredi, à bord d’un vol Chicago-Philadelphie et pour cause … ils discutaient en arabe !

En effet, au moment où Maher Khalil et Anas Ayyad, citoyens américains d’origine palestinienne, allaient embarquer dans un vol Southwest Airlines, un agent de la compagnie les en empêche en leur expliquant qu’un passager, les ayant entendu parler arabe avait manifesté sa crainte de voyager avec eux ! Ils ne seront autorisés à prendre l’avion qu’après avoir été interrogés par le service de sécurité de l’aéroport de Chicago Midway (centre-nord) ainsi que par la police. Mais une fois à bord, plusieurs passagers exige que Maher Khalil ouvre la petite blanche qu’il portait, a-t-il raconté à la chaîne locale NBC 5 Chicago. “Du coup, j’ai partagé mon baklava (gâteau oriental) avec eux“, a-t-il expliqué, avec une pointe d’ironie.


Sollicité par l’AFP, la compagnie Southwest Airlines n’a pas donné suite.

Il faut dire que cet incident n’est pas un cas isolé puisque la série ne faisait que commencer. Plusieurs autres incidents se sont produits, ces derniers temps, sur des vols intérieurs aux Etats-Unis, impliquant systématiquement des passagers originaires du Proche-Orient.

A Chicago toujours, ce mercredi 18 novembre, six passagers ont été débarqués d’un autre vol Southwest pour Houston et ont dû prendre le vol suivant, selon plusieurs médias.

Jeudi, en Floride (sud-est), un avion de la compagnie Spirit Airlines qui avait pour destination Minneapolis (centre-nord) a fait demi-tour et atterri en catastrophe à Fort Lauderdale en raison de l’alerte d’un passager qui a assuré avoir entendu le mot “bombe” prononcé lors d’une conversation entre deux autres passagers.


Une fois l’avion au sol, Yaniv Abotbul, Israélien d’origine, a été menotté puis interrogé durant cinq heures par la police, a affirmé le lendemain son avocat, Mark Eiglarsh, lors d’une conférence de presse. Il est relaxé dès que les autorités ont assuré qu’aucune menace ne pesait sur ce vol, a ajouté le conseil, qui a réclamé des excuses de Spirit et des forces de l’ordre.

Contacté par l’AFP, Spirit Airlines n’a pas donné suite.

La même compagnie a été impliquée dans un autre incident, à Baltimore, mardi. Quelques minutes juste après avoir embarqué, les passagers d’un avion qui se dirigeait vers Chicago ont été priés de descendre parce que certaines personnes auraient dénoncé le comportement de trois hommes et une femme qu’ils trouvaient suspects : ceux-ci visionnaient des vidéos sur un téléphone portable !

Interrogés, ils ont finalement été relâchés, la sécurité ayant notamment déterminé que ces passagers regardaient simplement le journal télévisé.


C’est dire que la peur du terrorisme engendre une autre facette du terrorisme destructeur, celle de la peur et de la haine de l’autre surtout quand il a le faciès qui titille le racisme et l’islamophobie.

Par Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…