Reconfiné, le Liban sombre dans un naufrage économique et social

Photo Hussein Malla. AP

Les premières conséquences de Covid-19 sur l’économie libanaise se font de plus en plus sentir. Déjà à genoux avant la crise sanitaire, c’est un coup de massue que porte la pandémie sur le Pays du Cèdre.  

Une situation économique qui se détériore
Avant la pandémie, des milliers de Libanais étaient sortis dans les rues afin de manifester et contester le pouvoir en place. Ce dernier était accusé d’avoir contribué à l’effondrement économique du pays depuis plus de trente ans. D’une manifestation contre une taxe WhatsApp, le mouvement s’était transformé en véritable guerre contre la corruption et la classe politique. 

Cette situation économique et sociale déjà très critique, a été accentuée par l’arrivée de l’épidémie dans le pays. En défaut de paiement depuis mars dernier, la monnaie nationale s’est effondrée de 60% et le cours des devises ne cesse d’augmenter. Ces dernières semaines, la livre libanaise a poursuivi sa dégringolade, atteignant les 4.000 livres pour un dollar. Le taux officiel de 1.507 livres est resté inchangé, rapporte l’AFP. Ajoutée à cela, la fermeture de près de 5.000 usines et des milliers de magasins en raison d’un confinement strict. À présent, un Libanais sur deux serait au chômage et aucune aide n’aurait été attribuée aux demandeurs d’emploi. Les salaires ont subi une réduction conséquente, et faute de dollars, les citoyens possèdent à peine les moyens pour s’acheter un masque, car riches comme pauvres, personne n’a accès à son argent dans les banques.

Face à cette situation désastreuse, d’une dette insoutenable qui atteint 170% du PIB, le Liban a accepté des négociations avec le Fonds Monétaire International. Ainsi, le pays espère plus de 20 milliards de dollars d’aides étrangères, dont plus de 11 milliards approuvés en 2018, lors d’une conférence internationale (CEDRE), mais jamais débloqués faute de réformes, rappelle l’AFP. En effet le pays ne parvient pas à enclencher les réformes structurelles, notamment dans le secteur de l’électricité faute d’entente entre les partis. Généralement hostiles à toute ingérence étrangère, les Libanais baissent les armes et acceptent la mise sous tutelle internationale. Selon eux, il s’agit du seul moyen de se débarrasser d’une classe politique qui a volé près de 300 milliards de dollars et d’espérer, sur le long terme, retrouver une certaine souveraineté volée d’abord par la Syrie, puis par l’Iran. 

Covid-19, ou la cerise sur le gâteau
Malheureusement, en raison du relâchement qui existe dans certaines régions et en raison de la négligence de certains citoyens, cet accomplissement risque de s’effondrer » annonçait la présidence en ce début de semaine. 109 nouveaux cas ont été enregistrés en 4 jours, soit un total officiel de 870 contaminations dont 26 décès. Un reconfinement de 4 jours a été décrété. Les citoyens n’ont plus aucune confiance et spéculent sur cette décision. Pour eux, on ne reconfine pas pour une durée de 4 jours pour endiguer une pandémie. Il s’agirait plutôt d’un moyen de mettre un terme à des manifestations qui ont éclaté lors du déconfinement, et d’acheminer en toute discrétion des denrées à la Syrie. Les Libanais estiment que la pandémie de Covid-19 a octroyé une marge d’action supplémentaire au gouvernement, ce qui a donné lieu à de violents affrontement ayant fait un mort et des dizaines de blessés, lundi dernier.