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Un Maroc au coeur du malaise entre conservateurs et modernistes

Un Maroc au coeur du malaise entre conservateurs et modernistes

Dossier du mois

Non au wahhabisme importé !

Nicole El Grissy, Ecrivaine, militante et conceptrice d’émissions pédagogiques TV

 Ces derniers temps, on revient de plus en plus sur la ques­tion des valeurs et de l’iden­tité nationale et religieuse du pays.

La menace du printemps arabe reste l’instigatrice de ce revirement subit… Sa Majesté le Roi a voulu donner le choix à son peuple pour que les religieux remplacent certains po­liticiens qui n’ont pas eu le courage de faire carrière dans le banditisme… Tous les Marocains savent que si les caisses du pays résonnent par l’im­mense espace de leurs creux, c’est parce que beaucoup de responsables politiques s’en sont servi pour leurs intérêts personnels. Les Marocains étaient convaincus que la pratique de la religion était garante d’honnêteté… Aujourd’hui, entre les spoliations im­mobilières toujours pas résolues, les centaines d’appels à l’aide adressés à Sa Majesté à travers YouTube et Facebook, les scandales adultérins, les Marocains ont l’intelligence de comprendre qu’ils ne peuvent plus accepter cette bérézina. Des gens qui ont faim, qui n’ont pas de boulot, qui n’ont plus les moyens de fonder une famille sont face à deux choix : Le djihadisme pour sauver financière­ment leurs familles ou le changement obligatoire dans la gouvernance. Des politiques sourds et impuissants ne sont d’aucune utilité.

Par ailleurs, les Marocains sont les musulmans qui ont le plus de foi dans le monde. Ils se saignent pour ho­norer toutes les fêtes religieuses. Ils vont presque tous à la mosquée pour prier Dieu et ils sont conscients que le port d’une robe ou d’une jupe n’a rien de condamnable.

Et c’est ainsi qu’on peut dire que le modernisme va de pair avec l’identi­té marocaine. Nous sommes les en­fants de Rois, musulmans et Amir Al mouminine dont les soeurs et les filles n’ont jamais porté de déguise­ments pour prouver qu’elles étaient de vraies musulmanes…. Nous avons grandi en voyant nos Rois honorer toutes les fêtes religieuses et leurs visages à l’intérieur des mosquées nous ont aidés à associer la spiritua­lité à la sagesse… Nous n’avions pas besoin de plus pour croire en l’islam et dans le judaïsme qui se côtoyaient dans la même rue, sans que qui que ce soit n’ose mettre en doute la foi de l’Autre…. Nous savions tous qu’il n’y avait qu’UN SEUL DIEU.

Aujourd’hui, nous sommes dans un monde de violence et de mé­fiance dans lequel la religion appa­raît comme le meilleur refuge. Si les politiques ne nous entendent presque jamais, on prie le ciel dix fois plus. C’est une façon de mieux s’accrocher à la vie.

Ce que les politiques dénigrent c’est que l’Histoire du Maroc est indissociable de la multiculturalité. Ce sont les juifs qui ont foulé les premiers, le sol marocain, suivis par les berbères, rejoints par les arabes et le tout, colonisé par des français. Nous avons en nous un petit peu de chacun d’eux et c’est ce qui fait notre originalité devant la face du monde.

Aujourd’hui, on a choisi la re­ligion comme valeur refuge après avoir grand ouvert les portes aux Saoudiens qui sont venus enseigner à nos jeunes filles jadis confuses face au regard d’un homme, la meil­leure façon de gagner de l’argent très facilement…. Et il faudrait qu’aujourd’hui, ceux-là mêmes qui ont dévergondé nos filles face à leurs liasses, provoquent la liesse au sein de nos foules par un islam qui n’a jamais été le nôtre ? De­vrions-nous trahir les volontés de nos pères et accepter aujourd’hui l’importation d’un islam intolé­rant voire punitif vis-à-vis de ceux qu’ils appellent les mécréants ou les infidèles ? Autrement dit, être un musulman non wahhabite devien­drait-il dangereux chez nous ? C’est inacceptable d’exiger de quelqu’un de revoir ses valeurs enseignées par ses parents pendant toute une vie et de s’entendre dire que ce n’était pas ça « le bon islam »… Il y a un seul Dieu et un seul Islam. Chacun l’in­terprète comme bon lui semble mais n’a aucun droit de l’imposer à tout un pays. Surtout lorsque ses repré­sentants profèrent des ignominies en public contre telle ou telle religion et que les conseilleurs acharnés sur la chasteté se retrouvent dans une situation ubuesque au détriment de leurs enfants respectifs….Ima­ginons un spectacle de nu en plein Vatican…

Le comble, c’est que la femme est toujours au coeur de polémiques. Ce qui s’explique par la culture de la su­prématie de l’homme très présente dans les deux religions. L’homme a tous les droits parce que c’est lui qui transmet le patronyme fami­lial. Il est supposé être plus intelli­gent que la femme et même savoir conduire mieux qu’elle. Or la vie et l’évolution sont en train de prouver tout le contraire. Les femmes maro­caines sont les plus fortes du monde puisqu’elles ont survécu à ce mythe ancré dans les moeurs, à l’autorité souvent abusive de leurs pères et au droit des maris de les considé­rer comme des femmes de ménage gratuites et pondeuses de gamins en prime…

Le Marocain serait-il bipolaire ?

Dans un de ses discours légen­daires, Feu SM Hassan II avait évo­qué l’ubiquité voire la schizophrénie qui existe en chacun de nous…. C’est vrai. La présence juive millénaire, la colonisation française, l’attirance vers la liberté européenne ou améri­caine à travers les journaux télévisés sur nos chaînes locales dans les an­nées 70, et l’exode massif des juifs et des musulmans en phase de rébellion contre la machine politique qui avait imposé l’arabisation, ont cultivé cette double personnalité en chacun de nous. Nous pouvons parler un français académique et utiliser une darija affolante en phonétique quand on s’énerve. Mais au fond de nous, une chose nous rattrapera toujours : notre attachement viscéral à notre Roi, à nos familles, à notre patrie, à nos senteurs. Notre marocologie reste très difficile à transmettre à ceux qui ne sont pas nés ici. Sommes-nous vraiment bipolaires ou excep­tionnellement adaptables à toutes les autres cultures?

Quelque part, au fond de chacun de nous, nous nous payons notre propre tête quand nous nous condui­sons comme des Européens ou des Américains pendant nos voyages à l’étranger, sachant pertinemment que nous n’aurons d’autre choix que de redevenir nous-mêmes devant nos mères, nos grands-mères, nos belles-mères , nos marchands de légumes et de fruits et surtout à l’intérieur de nos hammams…

Les médias en ligne et la diffusion de l’information

Le phénomène de la diffusion de l’information à une vitesse encore rapide que celle de la lumière est une franchise purement marocaine. Pourquoi ? Parce que nous n’avons aucun problème à engager des discus­sions avec de parfaits inconnus dans chaque lieu de vie où nous nous ren­dons. Bien avant les médias, quand un drame touchait un juif marocain, toute sa famille éparpillée dans les quatre coins du monde, recevait l’in­fo en une journée. Aujourd’hui, ce qui a changé, c’est que nous l’appre­nons dans l’heure.

Je pense sincèrement que les mé­dias et les journaux électroniques sont aujourd’hui devenus la hantise des fauteurs. Par contre, sur le sujet des spoliations immobilières, per­sonne n’a l’air de ressentir une honte particulière à voir défiler des vidéos de gens en larmes parce qu’ils se sont fait voler leurs maisons ! Mr Benki­rane a d’ailleurs dit un jour : « Ce n’est pas moi qui doit combattre la corruption puisque c’est elle qui me combat ». Ramid qui crée un numé­ro vert et une association du nom de Droit et Justice qui ne voit toujours rien venir….

Effectivement, les tribunaux sont devenus des espaces dans lesquels la chorégraphie du nom de « A3iba­dellah » n’a visiblement pas encore touché le coeur des responsables de ces cris de douleurs poussés quoti­diennement par le peuple.

Conclusion : Un gouvernement qui ne répond pas aux attentes, avec une justice qui représente un frein énorme à l’investissement étranger et qui exige des femmes de sortir dé­guisées en tentes, est-il un gouverne­ment porteur d’évolution ?

L’application du wahhabisme et les prêches à l’encontre des fauteurs d’un islam importé vont-ils de pair avec l’ouverture d’esprit qui a tou­jours caractérisé le Maroc ? Je dis NON.

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