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Société civile : quel engagement pour une action citoyenne solidaire?

Société civile : quel engagement pour une action citoyenne solidaire?

Il n’y a plus de démocratie sans la société civile, comme il n’y pas de société civile sans règle et sans adhésion au principe de transparence. A l’ère de l’Internet et des réseaux, ce tropisme s’impose de lui-même.

Force est de constater que, de jour en jour, la notion de « société civile » prend de l’importance à tel point qu’elle est devenue une puissance incontournable dans les sociétés contemporaines, tombant sous le sens, tant dans le langage profane que dans le discours savant, chez les médias voire chez les gouvernements et les institutions internationales comme l’ONU, les groupements économiques à vocation régionale ou mondiale, l’Union européenne, la Banque mondiale entre autres.

Au Maroc, cette notion s’est invitée obligatoirement sur le terrain et s’impose au changement politique et social tant et si bien que la société politique en est désormais impactée. Et ce surtout, depuis les années 90, bien que la première association féminine ait été déjà créée dans les années …quarante. En effet, l’accent a été mis sur le développement économique et social équitable et la lutte contre la pauvreté, l’exclusion et la précarité. Cette étape s’est concrétisée, en mai 2005, par le lancement de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH). Au cœur de cette initiative, la valorisation de l’Homme donne alors corps et force au rôle de la société civile en tant qu’acteur sociétal. Il est vrai que durant un long pan de l’histoire, le jeu politique s’accaparait le terrain et excluait la société publique et donc toute opinion publique de son champ de vision qui ne s’offrait qu’à une catégorie sociale élitiste tout au plus, qui à elle seule, menait le débat politique du haut de sa Tour d’Ivoire, même rangée du côté de l’opposition.

Aujourd’hui, on peut le dire sans ambages, le Roi Mohammed VI a secoué les paradigmes en œuvrant pour le développement et la montée en puissance de la société civile dans le Royaume. Bien sûr, Feu Hassan II avait encouragé la création de plusieurs associations régionales en modifiant la Constitution pour permettre davantage de réformes politiques. Mais son successeur a ouvert de larges horizons devant les associations et les ONG et par conséquent de nouvelles perspectives de renouvellement d’alliances pour s’ouvrir sur toutes les classes sociales et permettre au dialogue de s’affirmer, et surtout mettre sur les rails une véritable démocratisation de l’Etat et de la société marocaine. Ainsi d’autres connexions politiques s’annonçaient-elles en faisant émerger d’autres élites sociales dirigeantes influentes.

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Quelle société civile pour le Maroc ?

A présent, le nombre des associations recensées par les autorités publiques est de 130.000 dont 19.500 rien que sur Casa-Settat s’activant, essentiellement, dans le domaine des œuvres sociales. Un tel chiffre nous donne la réelle mesure de l’enjeu sociétal d’un Maroc, de plus en plus, enraciné dans une culture des droits de l’Homme et des conquêtes des libertés.

Ce nouvel état de fait est le fruit d’un travail de longue haleine que les associations et les organisations ont mené en matière des droits de l’homme, du rôle social, économique et politique incontestable de la femme dans la société marocaine, des droits des enfants, de lutte contre la corruption, contre la pauvreté, la marginalisation, l’exclusion et les violences des hommes, de préservation de l’environnement, de défense de l’intégrité territoriale aussi. Or, quand bien même la place et la force de la société civile ne seraient plus à démontrer – même si l’on ne manque pas de s’en réjouir – on ne peut ignorer que le secteur associatif n’a presque jamais fait l’objet d’études approfondies! A tel point qu’on est incapable de faire la part juste des types d’action, ni d’avancer le chiffre exact des bénévoles s’y activant.

Ceci étant, selon le Haut commissariat au plan (HCP), 95 % des associations ne présentent pas de comptes, contrairement à la réglementation en vigueur (selon le gouvernement, le Maroc comptait quelque 100.000 associations en 2014). Et la Cour des comptes, dans le sillage du ministre de l’Intérieur, n’hésite pas à tirer la sonnette d’alarme, mettant dans un lourd embarras les responsables de certaines associations. En février 2014, Lahbib Choubani, alors ministre chargé des Relations avec le Parlement et la société civile, avait révélé que l’Etat accorde, annuellement, 3 milliards de dirhams aux associations dans le cadre de son programme de subventions, sachant que 80% des financements publics profitent à une vingtaine d’entre elles.

Concernant les fonds étrangers que perçoivent les associations, le rapport de la Commission de contrôle des finances publiques à la Chambre des représentants relatif au contrôle des financements des associations révèle « qu’entre 2006 et 2014, 962 associations ont reçu 1.252.508.047,66 dirhams ». C’est pourquoi, par ailleurs, l’origine des financements de certaines associations suscite la polémique depuis deux ans. Aussi en 2014, Driss Dahak, secrétaire général du gouvernement avait-il souligné qu’«il faut davantage contrôler les subventions que reçoivent les associations de l’étranger» vu que plusieurs irrégularités ont été relevées par le rapport révélant un manque de transparence sur les financements et la gestion de plusieurs associations, notamment celles qui ont une casquette de défense des droits de l’Homme. Rappelons aussi qu’une vive altercation avait éclaté entre des associations (dont l’AMDH) et le ministre de l’Intérieur, Mohamed Hassad, après que ce dernier avait accusé des ONG de servir un agenda étranger, et d’affaiblir la lutte contre le terrorisme.

Qu’est-ce une société civile ?

Il est évident que la tradition associative fait partie des principes du Royaume depuis l’organisation de la société en jemâa, en touisa ou en zaouia, il y a de cela plusieurs décennies. En 1914, sous le Protectorat, le Maroc a connu sa première législation des activités associatives. Mais, ce n’est qu’après la Libération en 1956, qu’un Dahir a régi les libertés publiques s’inspirant largement de certaines dispositions de la loi française de 1901.

Actuellement, ce concept recouvre toutes sortes de structures intermédiaires entre l’Etat et les individus, généralement indépendantes aussi bien des sources étatiques que des organisations économiques, à savoir les ONG, les associations, les groupes d’intérêt et d’influence, les médias, les think tanks… Hors de tout lien avec l’autorité étatique ou l’intérêt privé, la société civile est basée sur la libre volonté d’agir pour l’intérêt de tous. La garantie de libertés individuelles et collectives constitue la condition sine qua non pour qu’une société civile organisée se prévale d’exister et d’agir.

La «longue marche» de la société civile au Maroc

On peut dire que la société civile est l’un des axes principaux du développement socioéconomique et culturel au Maroc. Sur le plan de la promotion des valeurs humaines fondamentales de dignité, de liberté individuelle, du sacro-saint principe du vivre-ensemble, de solidarité envers les plus démunis, de parité homme-femme, de démocratie participative, c’est véritablement la société civile qui s’impose comme une force en action et un incontournable moteur de changement.

Aujourd’hui, on estime (sans pouvoir le justifier) à pas moins de 300.000 associations, toutes catégories confondues qui s’activeraient sur l’ensemble du territoire bien que plusieurs ne soient pas déclarées. En revanche, le cercle se rétrécit lorsqu’on considère les associations reconnues d’utilité publique par l’Etat alors que le nombre d’associations n’avoisinait pas plus de 4.000 au début des dix dernières années.

Société civile, voix des citoyens

Une telle expansion s’explique par plusieurs facteurs dont la perte irréversible de confiance des citoyens à l’égard de l’activité politique, des instances chargées de les représenter tels que les partis politiques, les syndicats et les collectivités locales et une implacable libération de la parole et démocratisation d’opinion à travers les réseaux sociaux. On ajoutera le désengagement de l’Etat mais également la présence, au Maroc, de programmes d’aide et de développement initiés par des organisations internationales telles que le PNUD ou l’UNESCO.

Le secteur associatif, produit de la société civile, reste donc le refuge d’individus souffrant d’un mal- être social engendré par des maux sociaux tels que le chômage, la santé, l’éducation, l’habitat et la marginalisation. Or, le défi à relever reste colossal quand l’analphabétisme, la précarité et le désespoir d’un étau qui se resserre chaque jour plus, font des jeunes des proies faciles pour les extrémismes de tous bords. Pourtant, ce sont les jeunes qui constituent un potentiel considérable pour le pays et il est urgent que ce capital humain soit évalué à sa juste valeur pour le motiver et l’impliquer dans la vie socioéconomique et politique en vue d’un développement durable du Maroc.

«L’utilité commune est le fondement de la société civile»

Contrairement aux organisations économiques, la société civile agit au-delà des sphères privées, individuelles ou familiales et s’active pour impacter la vie et l’opinion publiques.

Protégeant les citoyens de l’arbitraire étatique, elle leur garantit la liberté et la disponibilité d’un espace aussi bien privé que social. D’autant plus que l’une des obligations fondamentales de la société civile est l’observation et le contrôle du pouvoir politique. Pour cela, une excellente culture politique est indispensable afin de participer convenablement aux événements politiques, un des préalables majeurs bien évidemment qui contribuent au renforcement de la démocratie, surtout au niveau local. Aussi les acteurs de la société civile devraient-ils être impliqués dans la chose publique sans pour autant viser ou briguer de poste étatique ou une quelconque sinécure.

Par ailleurs, la société civile contribue à l’allègement de l’Etat sur plusieurs plans, notamment financier du fait, entre autres, que les citoyens s’attribuent volontairement et souvent bénévolement des obligations sociales. Sans oublier qu’elle agit comme interface entre les citoyens et l’Etat en débattant de sujets privés et sociaux et en les véhiculant auprès de l’opinion publique en dehors des partis politiques et des parlements.

Formes d’organisations de la société civile

Volontariat, autonomie, autorégulation et solidarité sont les maillons de toutes les organisations de la société civile qui s’articulent autour de valeurs démocratiques fondamentales telles la liberté et l’égalité.

Ces regroupements de citoyens, considérés comme les moteurs de la société civile, s’organisent en clubs ou associations, syndicats, initiatives de citoyens, groupes d’entraide, organisations non gouvernementales, organisations à but non lucratif, think-tank ou volontaires.

Par ailleurs, au sein des ONG, les dirigeants sont généralement indemnisés même si une grande partie des membres travaillent bénévolement. Elles traitent des thèmes qui concernent toute la société ou du moins une grande tranche de la société au moment où les clubs et les syndicats ne représentent que les intérêts de leurs membres. Les associations quant à elles, tout comme les ONG, ne fonctionnent pas pour leur propre profit mais œuvrent en permanence avec des objectifs précis, dont certains à caractère religieux, scientifique ou culturel et d’ordre publique. Elles se concentrent surtout dans le domaine régional et local, et veillent à être au service de l’intérêt général.

On peut, en effet, conclure que l’expérience marocaine en la matière apporte la preuve que le rôle actuel de la société civile ne se limite pas uniquement à s’opposer à l’État et à combattre ou contourner ses politiques; mais à s’imposer comme un partenaire du développement économique et social, à jouer le rôle de partenaire incontournable dans la construction démocratique.

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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