Entre cauchemar et espoir, l’humanité flotte-t-elle ?

Espagne

Et tout s’arrête d’un seul coup !

Qui aurait dit que le monde allait se recroqueviller sur lui-même au 21e siècle ? Qui aurait pensé, un jour, que la fiction allait inspirer la réalité et que nous tous allions revivre les pires séquences du film Contagion, de Steven Soderbergh ?

Comme dans un cauchemar collectif, les frontières sont fermées sans préavis, les vols suspendus, les bourses internationales chutent dans le rouge, les passagers sont refoulés, les marchés mondiaux dégringolent, les économies se paralysent, les lieux de culte ferment leurs portes, pour la première fois de l’histoire, écoles, collèges, lycées, ne sont plus accessibles, colloques, congrès et événements sportifs sont annulés ou reportés, des photos de villes, bien animées, il y a juste quelques mois, nous donnent à voir des cités fantômes qui suscitent l’émotion et l’inquiétude.

Le monde n’est plus ce qu’il était, il tourne étrangement. Du jour au lendemain, il s’arrête pour faire machine arrière. Tous les habitants de la planète sont suspendus aux derniers chiffres déclarés, des bilans toujours revus à la hausse. Des contaminés, des morts, encore des morts. La planète terre est prise d’assaut par l’imprévisible et nous par la peur panique que le bout du tunnel ne se fasse pas voir. Et pour la première fois, le monde entier fusionne dans la même espérance, celle de préserver des vies. Un virus, un simple virus, invisible, insaisissable, sans passeport dicte les pires mesures protectionnistes, impose des frontières entre régions, entre villes, entre quartiers, entre personnes. Il est là le Covid-19, tel un air empoisonné, il inonde le monde, l’étouffe et le secoue.

L’autre face de la mondialisation

Nous, dans notre crédulité et notre aveuglement volontaire, on se voyait épargnés. Le vent continuait à tourner pour nous. Mais trêve d’illusion ! Le mal est universel… La planète s’enferme dans un silence assourdissant ne laissant l’écho qu’aux bruits de la nature et aux sirènes des ambulances. Les grandes puissances mondiales sont en désarroi, elles abdiquent. Tout est mis à nu. Le seul enjeu de taille est comment survivre, tout le reste est mis de côté. Le maudit virus semble nous narguer et nous dire : « Si vous avez loupé le grand show de la création du monde, ne vous en faites pas, vous assisterez certainement à sa destruction. Il ne sert à rien de refaire les comptes, la planète Terre est surchargée ».


Serait-ce donc le revers de la mondialisation dans toute sa fragilité ? N’est-ce pas cette mondialisation qui a fait de la Chine une superpuissance économique qu’on a longtemps chantée et vantée ? Il a suffi d’un virus pour mettre à genou l’économie mondialisée.

Voilà donc que l’on se rend compte que l’humanité s’est fait avoir et que nous sommes en train de vivre l’autre face de la globalisation. Oui, c’est le monde à l’envers comme pour nous dire, vous couriez à votre perte, vous y êtes. Nous allons enfin payer pour nos fautes et nos actes. Saccages, pollutions, immigration massive, réchauffement climatique, guerre nucléaire, pénurie d’eau, surpopulation, nouveaux virus, destruction de la couche d’ozone, climats en folie, armes de destruction massive, trafic aérien en transe, l’espèce humaine s’est ingéniée dans la provocation des bouleversements irréversibles de son environnement.

Les épidémies se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu. Et au lieu de nous arrêter pour nous poser des questions, étant donné que nous sommes les seules créatures dotées d’intelligence et de réflexion, on a forcé la dose. Nous avons fatalement exploité, détruit, exterminé pour le plaisir quand ce n’est pas pour l’intérêt matériel.

La planète terre n’en pouvant plus, elle s’est rebellée pour dire : « Basta » renvoyant le lourd tribut à l’humanité qui a cru pendant longtemps que son sort était dissocié de celui de la Terre malmenée.


Un virus, plusieurs enseignements

Nous en sommes là aujourd’hui, confinés chez nous, enfermés avec la condition sine qua none « restez chez vous si vous voulez survivre ».

Le piège s’est refermé sur plusieurs centaines de millions de personnes, placées en quarantaine ou retranchées derrière des cordons sanitaires dans tous les pays du monde.

Ironie du sort, le seul moyen d’esquiver ou du moins atténuer les dégâts du Covid-19, l’éloignement et la distanciation sociale qui restent plus ou moins efficaces. C’est dire que le confinement pour ne pas dire l’enfermement nous éduque de nouveau. Le Covid-19 est un rappel à l’ordre, un rappel à se recentrer sur l’essentiel. Ce que révèle cette pandémie qui nous met aujourd’hui face à notre réalité d’êtres humains impuissants est que dans notre course effrénée, nous passons à côté de beaucoup de choses simples de la vie qui font ses petits plaisirs et donc « ses bonheurs ».


Ce que révèle cette pandémie c’est que nous nous sommes égarés de nous-mêmes à tel point qu’on ne voit plus nos enfants grandir jusqu’au jour où on le découvre à nos dépens. Ce confinement me fait penser à « Huis clos » de Sartre. A la seule différence qu’on se retrouve « enfermés » avec des personnes proches mais qu’on découvre ou redécouvre enfin. Je n’ose même pas imaginer celles et ceux qui se retrouvent dans sa phrase « l’enfer c’est les autres ».

Aujourd’hui, consignés à résidence, nous sommes réduits à la résignation puisqu’on n’a pas trop le choix. A nous donc d’en tirer les bonnes leçons. Des actes et des gestes qui nous semblaient, il y a encore quelques semaines, banals sont aujourd’hui déconseillés et même interdits pour le bien de tous. Embrasser ses proches, les étreindre sont remplacés par des gestes barrières. Les accouchements se font dans la solitude.

Les malades rendent l’âme loin de leurs familles. Les funérailles sont suivies à distance, via Skype. Y a-t-il pire que de ne pouvoir rendre hommage dignement à nos proches ? N’est-ce pas là la pire des épreuves qu’on puisse vivre ? Et si le bon Dieu nous en privait pour qu’on puisse évaluer les choses et les personnes à leur juste valeur ? Paradoxalement, à l’ère du coronavirus qui a mis le monde en stand by, les animaux ont occupé des rues et des routes désertées par les gens. Des cygnes et de petits poissons sont revenus nager dans l’eau de Venise devenue pure après le confinement. L’air est moins pollué, la terre respire enfin. Et si la nature ne faisait que reprendre ses droits ? Mais faut-il vraiment que le monde soit mis durement à l’épreuve et que des vies soient rompues tragiquement pour que le ciel retrouve ses couleurs ?

Faisons que demain nous appartienne


Aujourd’hui, le monde tourne avec le starter, remettant tout en doute. On se rend compte qu’on est bien peu de choses, un virus invisible, insaisissable nous rappelle à l’ordre et nous met face à nous-mêmes, face à notre impuissance. On se rend à l’évidence, on peut bien se passer du faste mais pas des personnes qui nous sont chères. Le mal nous hante comme dirait Camus dans La Peste : « Si c’était un tremblement de terre ! Une bonne secousse et on n’en parle plus. On compte les morts, les vivants, et le tour est joué. Mais cette cochonnerie de maladie ! Même ceux qui ne l’ont pas la portent dans le cœur »

Or, en plein cœur de cette détresse humanitaire, la compassion et l’empathie reprennent forme, les réseaux sociaux sont utilisés à bon escient, la médiocrité n’a plus de place pendant ces moments de crise. Les aisés pensent enfin aux démunis, les bien portants se soucient pour les malades, toutes et tous se joignent dans la même prière pour l’humanité et pour des lendemains meilleurs. L’humain prend enfin le dessus et fait corps face à l’adversité.

Aujourd’hui donc, il semblerait que nous ayons atteint un tournant décisif et une prise de conscience collective, à l’échelle planétaire s’impose. Ce virus est un rappel. Il nous oblige à nous recentrer sur l’essentiel, irriguer les bonnes priorités et arrêter la course contre la montre. Le monde fou s’arrête d’un seul coup. Le monde entier est en guerre contre un même ennemi qui sème la panique universelle. Et si aujourd’hui, on n’est sûr de rien, on peut tout de même dire qu’on est sûr d’une chose : il y aura désormais un avant et un après le coronavirus.

Le mal a frappé à l’échelle planétaire et on se rend à l’évidence, au-delà de la science, il y a la puissance divine. Cette puissance qui a renversé le monde en une fraction de seconde. Grâce à la science, nous espérons vaincre ce virus comme c’était le cas pour d’autres. Mais on sait très bien que d’ici là il aura ravagé des vies et endeuillé des familles. Il est vrai que c’est dur quand tout s’arrête net ; mais plus dur encore est quand on n’en tire pas de leçon. Plus tard, on pourra dire qu’on a vécu la fin du monde ou du moins ce qui lui ressemblerait. Mais soyons optimistes, demain nous appartient si on saisit les enseignements. Nous sommes forcés de repenser autrement nos concepts et nos réalités pour un monde meilleur, celui que nous léguerons à nos enfants.


Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…