Gazoduc EastMed : coopération ou rivalité régionale ?  

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Israël a signé un accord avec Chypre et la Grèce, jeudi 2 janvier 2020, pour le lancement du gazoduc EastMed. Un gazoduc qui revêt une importance géostratégique et qui redistribue les cartes en matière d’énergie dans la région. En effet, les découvertes de plus de 2.000 milliards de mètres cube de gaz naturel en Méditerranée orientale, ces dernières années, ont suscité la convoitise de plusieurs pays de la région. La Turquie avait d’ailleurs déployé des navires de forage malgré les avertissements de la communauté internationale.

Les parties prenantes se veulent rassurantes sur la visée du projet

Les pays signataires de cet accord, Chypre, la Grèce et Israël, assurent que ce gazoduc « contribue à la paix » et que son objectif est de renforcer  « la coopération et non pas les rivalités dans le Moyen-Orient ». Celui-ci ne doit pas représenter « une menace pour personne ». La coopération régionale est ouverte à tout le monde à condition que le droit international et les règles de bon voisinage soient respectés, déclaraient les représentants des Etats concernés. Benjamin Netanyahu, Premier Ministre israélien avait, pour sa part, souligné en décembre 2018 : « Nous pensons que cela ouvrira de nouvelles opportunités énergétiques pour l’Europe, c’est important pour la sécurité de l’Europe, pour nos économies respectives, mais aussi pour l’ancrage de cette coopération régionale».

Une menace pour la Turquie ?

La Turquie ne perçoit pas ce projet de la même façon. Et pour cause, cette signature précipitée intervient quelques jours après que la Turquie avait signé un accord avec la Libye, visant à redéfinir les frontières maritimes entre les deux pays. Ce qui a d’ailleurs conduit le pays à prendre la décision d’intervenir militairement en Libye. Certains experts s’accordent sur la visée politique de ce projet, qui aurait donc pour but de répondre aux décisions de la Turquie et à contrer ses objectifs d’influence dans la région.

La Turquie a, de son côté, attiré l’attention sur le fait que la signature de cet accord est un acte visant à l’exclure avec la Chypre du Nord de la région. « Tout projet excluant la Turquie, qui a la plus grande côte en Méditerranée orientale, ainsi que les Chypriotes Turcs qui ont autant de droit sur les ressources naturelles de Chypre ne peut pas aboutir. Nous attirons alors, une fois de plus, l’attention de la communauté internationale ».

« La Turquie est la voie la plus sûre et la plus réalisable pour l’utilisation des ressources naturelles en Méditerranée orientale ainsi que leur transfert en Europe, la Turquie y compris. Refuser de coopérer avec nous et les Chypriotes Turcs malgré cela, est une manifestation directe de certains pays, de motivations politiques futiles plutôt qu’une volonté de coopération. Nous rappelons aux initiateurs de ce projet que ce type de plans sordides continuera d’échouer dans le futur comme cela a déjà été le cas par le passé ».