Gouvernement : Ce qu’il faut retenir de la mission d’El Othmani

C’est une exceptionnelle fin de semaine politique que le Maroc a vécue il y a quelques jours. Entre le communiqué du Cabinet Royal publié mercredi soir, déchargeant Benkirane de ses responsabilités et vendredi pour lui nommer un successeur , en l’occurrence Saad Eddine El Othmani, il ne s’est pas passé 48 heures! 

C’est donc une décision rapide et expresse que le Roi, en vertu de l’article 47 de la Constitution,  a prise. Si elle était plus ou moins attendue, elle a surpris par sa rapidité, compte tenu du rythme que le Souverain lui a imprimé. Tout l’échiquier politique national a été pris de court, aussi bien dans la majorité gouvernementale que dans l’opposition, mais surtout au sein du PJD.

L’effet direct de cette décision Royale a été de prendre le contrecoup du retard considérable observé pendant près de 6 mois pour constituer – ou ne jamais constituer – une majorité.

L’autre effet est le choix fixé sur El Othmani, une figure pondérée du parti islamiste connu pour avoir été en 2012 ministre des Affaires étrangères et incarner sagesse et expérience. En le recevant à Casablanca vendredi 17 mars le Roi Mohammed VI lui a confié la mission de constituer le gouvernement dans les prochains 15 jours sans tarder ! Autrement dit, à rebours de la méthode choisie par son prédécesseur, il doit faire vite et se prêter aux exigences et aux contraintes de l’heure !


Le Roi lui a demandé d’entamer dès lundi 20 janvier les pourparlers avec les partis politiques et de transmettre aux dirigeants du PJD le message entre autres de sa considération de ce dernier qu’il qualifie de grand parti national ! C’est dire sa volonté réitérée de travailler avec cette formation, comme l’a si bien exprimé El Othmani samedi 18 mars lors de la réunion à huis clos du Conseil national du PJD, autrement dit de son parlement !

Rappelons que ce Conseil qui constitue avec le secrétariat général la plus haute instance du parti, a été convoqué au lendemain de la publication du communiqué du Cabinet Royal avec comme objectif un débat sur ce qui pourrait être un potentiel candidat au poste de chef de gouvernement !

Or, Sa Majesté le Roi, fort de ses prérogatives constitutionnelles, soucieux également d’éviter retard et dérapage, a désigné vendredi El Othmani et pris ainsi de court les dirigeants du PJD.

Ces derniers n’avaient donc d’autre option que de s’incliner devant le choix Constitutionnel du Roi et approuver – comme ils l’ont fait d’ailleurs – sa pertinence ! Ils ont décidé d’interagir positivement eu égard aux décisions royales !


Le nouveau chef de gouvernement, Saad Eddine El Othmani fort du soutien du Roi et des instances de son partis entamera dès ce lundi les premières négociations avec les responsables du PAM , de l’Istiqlal , du RNI, du Mouvement populaire, de l’USFP, de l’UC et du PPS…

Aucune formation ne sera à priori exclue des discussions et c’est un changement radical par rapport à la méthode de son prédécesseur!

El Othmani , connu pour son sens de la mesure à la limite de la retenue, a exprimé sa volonté de rencontrer tous les partis sans exception. D’où l’interrogation soulevée et quasi taboue : va-t-il outrepasser la sempiternelle querelle entretenue par Benkirane et certains caciques du PJD qui s’opposent avec acharnement à la participation de l’USFP au sein du futur gouvernement voire aux simples consultations avec elle ?

El Othmani va-t-il briser la méfiance et en venir à bout de l’obstination affichée contre Driss Lachgar par Benkirane et ses proches qui ont tracé lors du Conseil national la fameuse ligne rouge à ne pas dépasser ? Rien n’est moins sûr !


Autant dire que le chef de gouvernement désigné devra faire preuve d’audace et d’imagination pour briser ce noeud gordien qu’est le cas de l’USFP !

Son entregent, son urbanité et sa culture policée font de Saad Eddine El Othmani l’homme idoine de la situation ! Certes! Il bénéficie du soutien Royal et même de celui des autres partis politiques, parviendrait-il en revanche à tempérer les ardeurs belliqueuses de certains Apparatchiks du PJD ?

Hassan Alaoui est le Directeur de la publication de « Maroc diplomatique » , il a dirigé pendant de longues années la rédaction du quotidien « Maroc Soir » et du « Matin » . Il a été aussi éditorialiste des mêmes titres. Il a collaboré à plusieurs autres titres de presse. Auteur du livre « Guerre secrète au Sahara occidental », il suit et analyse pour nous l’actualité politique, nationale, régionale et internationale.