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ISLAM ET POUVOIR : LES RÉTROVISEURS INTIMES

ISLAM ET POUVOIR : LES RÉTROVISEURS INTIMES
Par Moulay Hicham Mouatadid

La conception religieuse du politique dans le monde arabe était toujours une problématique doctrinale et ce, qu’il s’agisse de la pensée, de la gouvernance ou même de la détermination des choix stratégiques de l’État.

À travers le temps, et quel que soit l’espace gouverné, le religieux et le politicien doivent convenir assidûment à un accord sur la perception de la gestion étatique afin que la stabilité soit de rigueur.  Au Proche-Orient comme au Maghreb, l’enjeu politico-religieux est un trait sine qua non à prendre en considération dans la prise des décisions politiques, l’élaboration des projets de lois, mais aussi au niveau des protocoles officiels et de la construction identitaire de la société.

L’interprétation rituelle de la religion musulmane était très mouvementée d’une époque à l’autre, d’un régime politique à un autre, encore plus, d’un chef temporel à un autre. Cette variation dans l’exégèse dépendrait toujours des intérêts de ceux qui sont au pouvoir, et les enjeux stratégiques de la religion dans l’évolution régionale et internationale. Autrement dit, la contextualisation interprétative du texte religieux ainsi que la tradition religieuse, sont habituellement et étroitement conditionnées par une certaine préservation du régime en place.

La structure étatique dans la majorité des États musulmans reflète profondément cette divergence quant à l’usage de la religion dans la sphère politique. Dans chaque pays musulman, l’institutionnel religieux occupe une place stratégique dans la conception de l’État. À titre d’exemple, au Maroc, le Roi est à la fois le commandeur des croyants et le Chef d’État. En Arabie saoudite, le Roi est non seulement le Chef d’État, mais aussi le serviteur des deux lieux saints de l’Islam. À l’opposé, en Egypte, c’est l’institution religieuse Al-Azhar qui détient ce pouvoir religieux et non pas le Chef d’État ou le gouvernement.

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La majorité des pays du monde musulman font référence à l’islam dans leur constitution. À ce niveau nous pourrions distinguer deux catégories : ceux qui font référence à l’Islam comme religion d’État, et d’autres, font de la loi islamique une source de droit. Or, la place de cette loi islamique dans la hiérarchie des normes incarne une corpulence politique que juridique. Cependant, c’est cette maturité religieuse dans la pensée de l’État qui détermine le rôle de la loi islamique et son influence sur les appareils institutionnels.

Ce mince clivage entre l’institutionnel étatique et le religieux spirituel dans la gestion des affaires publiques et politiques, constitue un ultimatum à dépasser pour garantir une gouvernance citoyenne au-delà des manigances de zones d’influences religieuses. Les décideurs devraient œuvrer dans le sens de créer une mémoire commune citoyenne fondée sur une appartenance identitaire démocrate. Le pouvoir dans le monde musulman s’inscrit de coutume dans cet esprit religieux comme la seule voie garante d’une stabilité politique et une unité d’allégeance. Cependant, l’instrumentalisation de la religion dans l’espace publique fragilise la légitimité de l’action politique, et elle met en cause démocratiquement les prises de décisions. Or, si la laïcité n’est pas un principe facilement digestible dans la quasi majorité des cercles du pouvoir des États musulmans, la pensée islamique dans sa dimension politique devrait se vêtir d’un courage intellectuel pour contextualiser continuellement les justes propos religieux au service d’un pouvoir digne d’une religion de valeurs universelles.

*Politologue, auteur et chercheur en études politiques publiques et internationales

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