La visite au Maroc d’une délégation américano-israélienne et la signature d’un certain nombre de conventions marquent le début d’une nouvelle étape dans les relations internationales du Royaume. Dans ce sillage, quatre accords ont été signés entre le Maroc et Israël, mardi 22 décembre, dans plusieurs domaines et qui seront porteurs d’opportunités économiques et de perspectives de coopération prometteuses. Toutefois, la reprise des rapports avec Israël ne signifie aucunement un changement dans la position constante du Maroc de soutien à la cause palestinienne, mais bien au contraire, elle est en ligne avec son engagement à continuer à contribuer de façon constructive à l’instauration d’une paix juste et durable au Moyen-Orient.

Décryptage avec le colonel Hassan Saoud, consultant en stratégie, directeur de Securi-consulting, qui a accepté de répondre aux questions de MAROC DIPLOMATIQUE.

MAROC DIPLOMATIQUE : Le Maroc entame désormais une nouvelle ère dans ses relations avec l’État d’Israël, la nouvelle fait suite à la signature d’une déclaration conjointe et tripartite. Que faut-il retenir de cette déclaration ?

Hassan Saoud : En effet, nous entamons une nouvelle ère des relations maroco-israéliennes, celles-ci ont été consacrées par cette déclaration tripartite, dont je retiens les éléments quintessentiels suivants:


-La reconnaissance de la marocanité du Sahara, concrétisée par un décret présidentiel, confirme le fait que l’option d’un État Sahraoui indépendant est irréaliste et que l’autonomie sous souveraineté marocaine est la seule solution juste et durable dans ce conflit.

-La reprise des mécanismes de coopération avec Israël dont la remise en place de bureaux de liaison dans les brefs délais. Il s’agit d’une coopération bilatérale et multidimensionnelle, à commencer par la dynamique innovante de l’octroi d’autorisation aux compagnies aériennes d’Israël, notamment pour le transport des membres de la communauté juive et des touristes israéliens désireux de visiter le Maroc.

MD : Le communiqué du Cabinet Royal rappelle tout d’abord que la position du Maroc vis-à-vis de la cause palestinienne est restée “constante et inchangée” et précise qu’il est nécessaire “de préserver le statut spécial de la ville sacrée de Jérusalem”. Mais, aucune mention n’est faite d’une altération du statut de Jérusalem. Quelle lecture en faites-vous ? 

H.S : Il s’agit justement d’un rappel de la position cohérente et constante du Royaume dans le conflit israélo-palestinien et qui ne souffre d’aucune ambiguïté. Une position basée sur la solution à deux États et le statut inchangé de la ville sainte d’Al Qods Achcharif, berceau des trois religions monothéistes, dont le caractère musulman doit être sauvegardé. La position du Maroc est fondée aussi sur la nécessité de poursuivre des négociations directes entre les deux parties comme condition de paix et de sécurité au Moyen Orient, dont ce conflit occupe la centralité.


A ce propos, le message adressé par le Souverain au Président Mahmoud Abbas réaffirme l’engagement royal dans la défense de la cause palestinienne placée au même rang que la question du Sahara marocain et qui ne se fera pas au détriment de celle-ci. D’ailleurs, la convocation de la 21ème session du Comité Al Qods, dont le souverain assure la présidence et sa volonté d’en réformer les structures, atteste de son attachement à l’amélioration des conditions de vie de ses habitants.

MD : Quels seront, selon vous, les changements géostratégiques que vont connaître les relations entre le Maroc et les Etats-Unis, notamment à l’approche de l’ouverture d’un consulat américain à Dakhla ? 

H.S : La coopération Maroc-USA, élevée au rang de partenariat stratégique majeur aux contours multiformes (politique, économique, sécuritaire, etc.) est appelée à se renforcer. Donc, l’ouverture prochaine d’un consulat américain à vocation économique est de nature à booster cette coopération déjà au beau fixe, dans la mesure où les provinces du sud vont connaître des investissements importants à même de réaliser un développement économique et social de la population. Ces investissements ajoutés au grand projet du port de Dakhla et les infrastructures feront de cette région  à l’horizon 2030 un nouveau Hub économique atlantique au service de nos partenaires d’Afrique Subsaharienne après Casablanca et Tanger Med.

MD : Au regard de ces derniers développements dans le dossier du Sahara, quelles seront les répercussions sur la région du sud, dans le cadre de l’initiative d’autonomie ?


H.S : La population du sud du Maroc s’est déjà autodéterminée dans la mesure où elle participe à la vie politique par l’organisation des élections locales, régionales et nationales. Elle est représentée dans toutes les institutions constitutionnelles du pays. Ces réalisations, faites pour accompagner le plan d’autonomie, ont pour finalité de permettre au Sahara marocain de jouir de son autonomie et de gestion de ses richesses, dans le cadre de la souveraineté marocaine. Ce qui confirme la proposition crédible du Maroc qui réitère que les séquestrés de Tindouf seront les bienvenus dans leur réelle patrie clémente et miséricordieuse qui leur assurera une vie dans la paix, l’honneur et la dignité.

MD : La déclaration conjointe trace la voie de la collaboration entre Rabat et Tel-Aviv. Les deux pays devraient collaborer dans un nombre assez large de domaines. Quelles perspectives de coopération économique entre les deux pays ?

H.S : Cette coopération revêt un caractère multiforme et multidimensionnel. Elle a été couronnée par quatre accords qui touchent, notamment, le volet diplomatique qui prévoit une exemption d’obligation de visas pour les passeports diplomatiques et de service. Sur le plan économique, l’accord porte sur la promotion du commerce et de l’investissement, dont les contours feront l’objet d’accords ultérieurs  les régissant et dont la non-double imposition, la promotion et la protection de l’investissement et l’assistance douanière.

En outre, un mémorandum d’entente sur l’Innovation et le développement des ressources en Eau prévoit la coopération technique en matière de gestion et d’aménagement de l’Eau. Dans le domaine de l’aviation civile, les deux parties se sont accordées pour assurer les vols directs entre les deux pays, en plus d’un accord sur les services aériens. Enfin, un accord de coopération dans le domaine technologique, dont Israël est un des leaders mondiaux, a été abordé. Cette coopération est appelée à se développer pour couvrir plusieurs autres domaines d’intérêt commun.