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La Libéralisation de la Pensée économique libérale

Par : M’Fadel El Halaissi,

 Directeur Général Délégué

BANK OF AFRICA

Depuis plusieurs décennies, nous observons une succession de crises économiques ayant des faits générateurs multiples et variés (énergétiques, monétaires, financières, sectorielles, régionales, etc.) dont les explications livrées par des éminents économistes demeurent plus ou moins convaincantes. Les solutions proposées sont bien loin d’atteindre les objectifs escomptés.

La science économique est réellement en panne d’idées, tant qu’elle reste prisonnière de ses dogmes et qu’elle demeure aliénée à certains postulats largement dépassés et bien révolus, alors que la mondialisation de l’économie a ôté à ces axiomes le soupçon de réalisme.

La réinvention de la Science économique s’imposait il y a bien longtemps, à l’aune de la globalisation, et encore plus aujourd’hui qu’hier, à la lumière de l’implosion du système économique mondial dont les premières étincelles ont jaillis suite à la déclaration du décès clinique du système économique socialiste, après la chute de l’ex URSS, et l’entrée forcée de la Chine dans l’économie de marché.

Le système capitaliste triomphant s’érige avec arrogance, puis impose un libéralisme outrageant et suicidaire à la fois !

Cependant, en dépit de ce foisonnement intense d’évènements relevant de la géopolitique (mais dont les sous-bassement sont éminemment économiques), la science économique est restée inerte, otage de ses dogmes, de ses disciples (classiques, néo-classiques, libéraux, Keynésiens, socialistes, etc.) et de ses rivalités d’écoles (Interventionnistes, Marxistes, Chicago, Vienne, Lausanne, Stockholm, Mainstream, etc.), alors que le système économique mondial est en plein bouleversement.

La nouvelle science économique est à réinventer pour apporter de vraies solutions aux problèmes économiques de la nouvelle économie mondialisée.

  • Des postulats infondés au départ !

L’histoire de la pensée économique nous enseigne que les grands courants des théories économiques ont eu recours, pour étayer et expliquer leurs propos, à des hypothèses simplificatrices par rapport à leur époque et qui sont totalement invraisemblables dans l’économie de nos jours.

Le cadre de cet article nous impose de se limiter à sept axiomes à titre d’illustration.

  • Toutes choses étant égales par ailleurs (Caetéris = Paribus)

Un grand nombre d’économistes tout courant ou écoles confondues, utilisent ce postulat pour déterminer les rapports d’influence, de corrélations, ou d’absence d’incidences entre deux ou plusieurs variables économiques.

Or, on sait fondamentalement que les variables économiques sont souvent interdépendantes du fait que le consommateur final est humain, et que l’homme par nature n’a pas toujours le même comportement face à la même situation dans un espace ou temps différents, et encore plus si une seule variable se modifie.

  • Concurrence pure et parfaite

Toutes les théories économiques cherchant la dynamique de la formation du prix d’un bien ou d’un service conditionnent le modèle économique ou économétrique à l’existence d’un marché en situation de concurrence pure et parfaite. La pureté (atomicité du marché, homogénéité du produit, liberté d’agir) et la perfection (transparence, mobilité des facteurs de production), n’ont jamais existé, même à l’époque d’Adam SMITH (1723-1790) et encore moins aujourd’hui.

La mondialisation a créée des géants dominants, avec des disparités des coûts des facteurs de production dans le monde, et des produits et services à multiples variantes, etc.

Cet axiome n’a existé que dans les théories économiques.

  • L’offre et la demande, la loi du marché

Nul doute que l’équilibre du prix sur marché se détermine par le point de l’intersection entre la courbe de l’offre et celle de la demande. Cette théorie émise en 1838 par Augustin COURNOT (1801-1877), et développée par Alfred MARCHAL (1842-1924) et Léon WALRAS (1834-1910), constitue l’un des piliers de l’analyse économique. Mais ce postulat suppose la confrontation sur le marché de cette offre et de cette demande à un temps t (notion statique). Afin que cet équilibre du marché soit relativement stable, il faut éviter les distorsions entre les volumes de l’offre et de la demande. Or, dans un marché mondialisé, les influences excédentaires sont constantes et permanentes. L’autorégulation du marché demeure juste une chimère !

  • Le libre choix du consommateur

 L’un des fondements sur lequel repose bon nombre de théories économiques est la liberté de choix du consommateur couplé avec la rationalité inhérente à chaque individu dans son comportement sur le marché.

La valeur en termes de prix qu’un consommateur est disposé à concéder pour l’acquisition d’un bien, ou d’un service, est supposée obéir au principe de libre arbitre. Cette notion de liberté de choisir est assujettie à la rationalité intrinsèque de chaque consommateur. Il est censé être cartésien (René DESCARTES 1596-1650) et rationnel dans ses choix sur le marché.

Or, selon l’acception spinozienne (Baruch SPINOZA 1632-1977), cette liberté d’arbitrage est illusoire. L’Homo-oeconomicus n’existe pas. Le consommateur n’est jamais dans le schéma réducteur d’une dualité entre le corps (besoin de consommer) et l’esprit (libre arbitre de choisir), il est plutôt dans une spirale continue de causes à effets, et que l’esprit – censé être libre- n’est que le substrat composé de causes exogènes reçues. La raison devant conduire au stade suprême de la liberté passe inévitablement par l’annihilation des émotions et des passions. Chaque consommateur sur le marché devra donc suivre la méthode Nitschienne (Friedrich NITZSCHE 1844-1900) avant de s’assurer que son choix est libre de tout héritage accumulé dans son conscient et subconscient, tout au long de sa vie !

Le marché n’est autre qu’un théâtre, lieu privilégié d’expression de passions et d’émotions vis-à-vis d’autrui.

Le libre arbitre et la rationalité du consommateur ne sont que pure illusion !

  • La notion de la valeur

Les théories économiques divergent sur le point de la définition de la valeur d’un bien ou service dans une économie.

Prise sous l’angle subjectif, cette notion attribue à l’usage de ce bien ou service une valeur d’usage selon son utilité, et une valeur d’échange matérialisée par le prix.

En revanche, la conception objective de la valeur met en exergue le coût de sa production, dont le prix est l’unité de mesure.

Les économistes de l’école classique, comme les Marxistes, s’accordent à attribuer au travail nécessaire à la production de biens ou services, le poids déterminant dans la définition de la valeur.

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L’école néo-classique a introduit la notion de l’utilité marginale dans la définition de la valeur.

Enfin, l’école de Vienne considère que le degré d’utilité d’un bien ou service relève de la psychologie. Ludwig VON MISES (1881-1973) disait « l’économie commence là où la psychologie s’arrête. »

Bref, toute une panoplie de définitions faisant abstraction de de la doctrine ou de l’idéologie défendues par l’un ou l’autre des courants de la pensée économique.

La notion est certes complexe, elle est certainement subjective est objective à la fois, mais également sociétale, psychologique et environnementale.

  • La monnaie est-elle neutre ?

Milton FRIEDMAN (1912-2006) fondateur de l’école de Chicago et du courant monétariste, a réhabilité la théorie quantitative de la monnaie d’Irving FISCHER (1897-1947) en disant « l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ».

L’offre de la monnaie (la masse monétaire) doit évoluer en parfaite adéquation avec la croissance. Comme si tous les maux de l’économie proviennent de l’inflation ? Cette stigmatisation a soulevé des critiques émanant de différents courants de la pensée économique et particulièrement des Keynésiens (J.M. Keynes 1883-1946) et néo-Keynésiens.

Les monétaristes considèrent que la monnaie est neutre, et qu’elle n’engendre pas d’effets sur l’économie réelle.

Nous constatons que le système monétaire international plaçant le Dollar US comme la seule monnaie de référence depuis les accords de Bretton-Woods du 22 juillet 1944 est bien loin de la neutralité présumée à la monnaie !

Nous assistons aujourd’hui à l’implosion progressive de ce système monétaire international à travers la contestation du rôle hégémonique du Dollar, et à l’affaiblissement du rôle des institutions gravitant autour de ce système (FMI, BIRD)

Un nouveau système monétaire international est en gestation à la faveur de l’émergence de nouvelles monnaies fortes (l’euro, le Yuan) et des évolutions des monnaies virtuelles (Crypto-monnaies).

  • Libéralisme et interventionnisme

La pensée économique a été largement divisée sur la question du rôle économique de l’état, oscillant entre un libéralisme absolue et un étatisme caractérisé par un dirigisme monopolistique de l’état et de ses organes.

Le débat économique, fort séduisant au demeurent, portait sur les secteurs dans lesquels l’état doit intervenir (fonctions régaliennes, justice, police, défense, liberté, etc.), le niveau économique mesuré par la proportion du budget de l’état par rapport au PIB, a été profondément pollué par la guerre idéologique menée par les deux systèmes économiques protagonistes, le capitalisme et le communisme.

Ainsi, toute la pensée économique du siècle dernier a été segmentée par rapport au positionnement vis-à-vis de cette confrontation idéologique au détriment de la recherche scientifique et de l’objectivité de l’analyse. Les séquelles de cette guerre idéologique continuent encore à nourrir les recherches et développement en sciences économiques.

L’épouvantail d’un virtuel retour du « socialisme » continue à faire peur les centres de recherche, et par voie de conséquence, à limiter les horizons et les perspectives de la libéralisation de la pensée économique.

  • Aux perspectives prometteuses à l’avenir !

La réinvention de la science économique passe inéluctablement par un constat d’échec à trouver les bonnes solutions aux crises répétitives harcelant la croissance économique dans le monde. Cette prise de conscience avec conviction induisant des changements de paradigmes liés à la chose économique, qui sont par essence fluctuants et donc nécessitant une mise à jour en fonction de l’évolution des conditions des environnements économiques.

La mondialisation de l’économie a fondamentalement bouleversé ces environnements. La fin de la « guerre froide » a achevé le duel idéologique entre le capitalisme et le communisme. L’émergence d’autres puissances économiques a sonné le glas de la fin d’un système économique et monétaire mondial ayant prévalu durant presque un siècle.

Il faut bien reconnaitre qu’on est bien loin du postulat d’un équilibre présumé de l’offre à la demande sur un marché mondialisé et totalement distortionné, et encore moins dans un marché à concurrence pure et parfaite et dans lequel le consommateur est rationnel et libre de ses choix !

La science économique est appelé aujourd’hui à se libérer de ses axiomes et postulats infondés, et de garder l’héritage prestigieux, colossal et inestimable d’éminents économistes, aussi bien sur le fonds que sur la démarche entreprise et la dialectique analytique.

À l’évidence, la science économique reste une science humaine, en dépit des tendances à modéliser certaines problématiques économiques, qu’elles soient de l’ordre de la micro ou de la macroéconomie. Les recours à la mathématisation de l’économie ne sont que des outils analytiques de démonstration, de simplification théorique, ou d’aide à l’élaboration d’une théorie donnée. Le consommateur sur le marché reste à la fois prévisible, donc avec des comportements modélisables, et imprévisible avec des réactions à pulsions humaines donc immodélisables.

Compte tenu des éléments précités, la science économique a un très large horizon de réflexion libérée de tout postulat à la dimension de l’universalisme de l’économie pour l’élaboration d’une pensée économique dans un marché mondialisé avec toute sa grandeur et ses contradictions.

Parmi les thématiques nodales de la nouvelle pensée économique figurent de très anciennes problématiques de la science économique nécessitant une nouvelle approche dans une économie mondialisée.

  • L’économie de la demande, ou la consommation, cœur de l’économie de marché

La discorde opposant les protagonistes entre l’économie de la demande et l’économie de l’offre, s’inscrit dans le même registre de celui opposant les interventionnistes des non-interventionnistes. Cette discorde présente en effet quelques relents liés à la lutte menée par les défenseurs du libéralisme contre le socialisme libéral qu’il faut désormais absolument exorciser.

La neutralité de la réflexion nous conduit à nous poser la vraie question sur le fonctionnement de l’économie de marché, dans un prisme existentiel du système économique dit capitaliste.

Le marché est un lieu où les produits et les services sont mis en vente, tant que les consommateurs achètent, le système fonctionne. Mais dès que la consommation baisse, le système se grippe.

D’inspiration Keynésienne, l’économie de la demande avait une grande justesse d’analyse visant à favoriser la croissance de la demande dite effective, par l’ajustement des dépenses publiques et une réduction des impôts. Le diagnostic est certes juste, mais l’ordonnance laisse paraitre des insuffisances. Les moyens d’atteindre le but (croissance de la demande effective) ne sont pas des plus efficients.

En cherchant à soutenir la demande, le niveau du déficit budgétaire de l’état risque d’atteindre une phase d’insoutenabilité, du moins à court terme, engendrant dans son sillage d’autres problèmes économiques.

Néanmoins, l’idée analytique sous-jacente à la doctrine de l’économie de la demande nous conduit à trois convictions fondamentales sur les mécanismes de fonctionnement de l’économie de marché

  • L’autorégulation du marché est un leurre. L’état régulateur est une évidence, et ce au-delà des fonctions régaliennes propres à l’état.
  • La consommation est la dynamo de l’économie. La croissance continue de la demande effective est vitale pour la croissance de l’économie. La demande est le déterminant, les autres variables (l’offre, l’investissement, épargne…) sont des déterminés.
  • Les salaires ne sont pas que des coûts, mais une variable déterminante de la croissance économique et de l’équilibre budgétaire. La masse salariale dans une économie se transforme en grande partie en demande effective sur le marché.

Ainsi, la nouvelle pensée économique libérée d’axiomes et de postulats bien révolue, est appelée à revoir le cadre analytique de l’économie de la demande dans son espace universel.

On n’est plus dans un schéma d’économie autarcique, ni d’espaces économiques homogènes, ni de facteurs socio-économiques rapprochés…mais bien tout le contraire dans une économie très hétérogène, de plus en plus mondialisée !

  • Les inégalités économiques dans la répartition des richesses

À l’évidence, l’économie de marché est régie par un système économique intrinsèquement inégalitaire dans la répartition des richesses créées.

L’inégalité économique est inhérente au mode de fonctionnement de « l’économie de marché » pour éviter le terme à connotation idéologique dit « système capitaliste ».

La pensée économiste a largement exploré la question de la répartition des revenus dans une économie de marché avec toutefois une tendance à justifier voire à légitimer les profits au détriment des salaires.

  • Jean Baptiste SAY (1767-1832) dans son célèbre « Traité » d’économie politique paru en 1803, s’érigeait en diffuseur du libéralisme, de l’économie de l’offre (loi des débouchés) et de l’entrepreneur qu’il fut. Le profit est la rémunération de l’entrepreneur.
  • John Bates CLARK (1847-1938), comme l’ensemble des économistes classiques et néo-classiques, défendait le principe de la liberté sur le marché, et que la loi de l’offre et de la demande demeure le seul régulateur dans la répartition des revenus entre le capital et le travail !
  • Joseph SCHUMPETER (1883-1950) défendait l’idée du capitalisme mutant par l’innovation, et que les profits sont la récompense de l’entrepreneur innovant qui prenait des risques.

Ainsi, toute la pensée économique avec toutes écoles d’économistes confondues, admettaient la légitimité des conditions de la répartition des revenus entre le capital et le travail, sauf l’école Marxiste qui dénonçait cette forme d’exploitation en prédisant l’autodestruction du système capitaliste.

L’observation et le constat des faits historiques tout au long de ce dernier siècle, démontrent que la réalité se trouve entre ces deux positions idéologiques.

La logique de la loi intrinsèque de l’économie de marché visant la maximisation des profits doit être appréhendée sur un trend moyen et long termes, mais absolument pas sur le court terme et encore moins à l’échelle d’un produit ou service donné. Autrement, la compression excessive de la rémunération du travail (donc salaires) se traduit par une baisse de la demande effective, et à terme par la compression de l’offre (donc la production) et in fine par une baisse des profits !

C’est cette dialectique interdépendante régissant les relations de causes à effets entre la rémunération du travail pour maintenir la croissance de la demande, et la rémunération du capital pour maintenir un niveau de profits acceptable et dans la pérennité, que la science économique doit s’évertuer à chercher la clé de l’équilibre.

Car, les inégalités dans la répartition des richesses entre individus, régions, et pays dans le monde ont atteints des proportions inacceptables et asphyxiantes pour le fonctionnement de l’économie. 2% de l’humanité accapare 50% du patrimoine des ménages, et 50% de l’humanité détient 1% du patrimoine des ménages. On pourra lister des données de ce type d’inégalité aussi choquante les unes que les autres.

À cet égard, les travaux de Thomas PIKETTY (1971 …) – considéré comme l’un des spécialistes dans la recherche sur les inégalités économiques en France et dans le monde – à travers plusieurs publications dont notamment, Le Capital au 21ème siècle, publié en 2013, et Capital et Idéologie, en 2019, apportent une contribution majeure pour une évolution de la pensée économique.

Cette évolution dénuée de toute idéologie se penchera sur la conception d’un modèle optimisé dans la répartition des revenus entre le capital et le travail (distribution équitable des flux du surplus), et par conséquent visant à réduire sensiblement les inégalités des richesses (stock du surplus).

L’accentuation des inégalités économiques constatées actuellement étrangle le système économique, et finira par l’étouffer, comme disait Christine KERDELLANT (1960 …) dans son ouvrage Le suicide du capitalisme, publié en 2018.

  • Un système monétaire international à réinventer

Force est de constater que depuis la crise économique due au choc pétrolier de 1974, le système économique mondial a connu des crises monétaire à répétition, dont la plus importante est celle de 2008. C’est dire que le système monétaire international est inadapté pour assurer une stabilité de l’économie mondiale.

L’architecture financière internationale héritée après les accords de Bretton-Woods signés en juillet 1944 est à revoir. Nombreux sont ceux qui appellent à sa réforme, même parmi les plus conservateurs (tel J.C. Trichet ex-gouverneur de la Banque de France et Président de la B.C.E), alors que les défaillances de ce système sont bien flagrantes et qui imposent sa refonte totale.

La réunion du G20 après la crise de 2008, n’a produit que de simples mesurettes touchant les règles comptables, les agences de notation, la régulation des flux de certains paradis fiscaux et des Hedge-Funds.

Cette surprenante inertie des grandes puissances économiques de ce monde traduit de toute évidence l’inflexion du pouvoir politique face à la puissance des mastodontes du pouvoir économique. Le schéma du modèle de société en démocratie est réellement en péril.

Quant à la pensée économique, elle n’est guère mieux que les politiques, car, en dépit des évènements majeurs survenus après la crise financière de 2008, démontrant l’absurdité des postulats de l’école monétaristes, elle est restée inféconde, hormis quelques écrits sur la monnaie unique, la dollarisation du système monétaire international, ou les risques liés à la volatilité des taux de change flottants, et sur les liquidités.

L’école monétaire d’obédience néo-classique avait construit sa théorie sur trois postulats douteux.

  • L’indépendance de l’offre de la monnaie, mission exclusive de la Banque Centrale ?
  • La stabilité de l’offre de la monnaie ?
  • Et enfin, les anticipations rationnelles des agents économiques dans la demande de la monnaie ?

Or, dans une économie mondialisée, régie par un système monétaire dominé par une monnaie internationale « le Dollar américain », avec ses privilèges exorbitants, et un régime de change flottant erratiquement, au gré des marchés sous influences spéculatives, les principes de toute la théorie monétaire volent en éclats. Pourtant, le SMI, un dérivé de la pensée monétariste, est toujours allégrement maintenu. Ce système monétaire n’est plus adapté, il conduira l’économie mondiale vers l’abime.

La bataille monétaire entre les monnaies ayant un poids dans l’économie mondiale est bien lancée, l’Euro, le Yuan et la crypto-monnaie cherchent à se placer face à la domination du Dollar, pourtant, la théorie monétaire continue à avancer le postulat de la neutralité de la monnaie !

De même, le principe de la stabilité de l’offre de la monnaie s’est vu tordre le cou, au regard des injonctions monétaires vertigineuses effectuées par la FED et la BCE notamment pour stabiliser les marchés financiers et absorber partiellement les déficits budgétaires creusés après la crise sanitaire Covid.

Plus de 7000 milliards d’euros environ ont fait l’objet d’injections monétaires massives aux États-Unis et en Europe en moins d’un an ! Une telle offre de monnaie aurait dû avoir des conséquences bouleversantes sur certain agrégats monétaires, tel l’inflation, le taux d’intérêt, les taux de change, etc. voire une dévaluation !

Cette masse monétaire colossale n’a servi que les marchés financiers, en grande partie, et n’a eu aucune conséquence sur la croissance économique. Si une partie de ces montants avait été affectée directement aux agents consommateurs pour stimuler la demande, le marché aurait connu une croissance économique certaine.

Enfin, la pensée économique doit revoir les principes de ses théories monétaires à l’aune de la mondialisation de l’économie, pour ériger une architecture d’un système monétaire universel juste et équitable adossé à une monnaie universelle neutre assurant une stabilité des valeurs.

Afin d’assurer la pérennité de la croissance économique universelle, il est nécessaire de rechercher l’équilibre dans la répartition des revenus entre le capital et le travail à même de permettre à chaque type d’économie d’assurer son développement tout en atténuant à terme les écarts des inégalités dans la richesse. L’idée d’un revenu minimum adapté à chaque type d’économie est à construire dans l’objectif d’aboutir à un revenu minimum universel. Il y va de la survie de l’économie de marché et du système économique capitaliste.

Ce sont donc là les trois enjeux majeurs du système économique, d’une part la progression continue de la consommation en veillant au renouvellement des richesses naturelles dans le respect de l’environnement, d’autre part la répartition optimale des revenus, et enfin la réinvention d’un système monétaire international juste et équilibré. Ces enjeux-là sont la feuille de route d’une nouvelle pensée économique libérée.

M’Fadel EL HALAISSI

Directeur Général Délégué

BANK OF AFRICA

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