La Russie a-t-elle vraiment trouvé le vaccin contre la Covid-19 ? 

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Alors que les scientifiques, Russes y compris, prévoyaient un vaccin au mieux pour 2021, Poutine a annoncé ce 11 août avoir trouvé le remède contre la pandémie qui a fait plus de 700.000 de décès dans le monde. Peut-on se fier à l’annonce de la Russie ? A-t-elle finalement gagné cette course mondiale au vaccin ?

L’annonce russe faisant état de la découverte d’un vaccin contre la Covid-19 a des allures de hoax. Pourtant, c’est de la manière la plus sérieuse au monde que le président russe, Vladimir Poutine, a fait sa déclaration allant même jusqu’à affirmer que sa fille aurait déjà reçu une dose de la fameuse injection. Ceci, à l’heure où la course est à son paroxysme entre différentes puissances mondiales, États-Unis en tête, pour trouver le remède salvateur. Le président américain en a même fait un argument de campagne et mettrait la pression sur les scientifiques de son pays afin de sortir le vaccin en octobre, pile-poil avec les élections. De quoi donner à toute cette agitation des airs de course à l’espace sous fond de Guerre froide. Ce n’est donc pas un hasard si la Russie a nommé le vaccin “Spoutnik V”, en référence au lancement du premier satellite en 1957, alors que les États-Unis étaient bien avancés à cette époque.

Toutefois, cette bonne nouvelle est un peu précipitée, juge l’OMS qui n’a cessé d’alerter sur la nécessité de respecter le protocole dans le développement du vaccin. « Nous sommes en étroit contact avec les Russes et les discussions se poursuivent. La pré qualification de tout vaccin passe par des procédés rigoureux », a déclaré Tarik Jasarevic, le porte-parole de l’OMS. En effet, plusieurs déclarations émettent un doute quant à l’efficacité du vaccin russe, pour lequel aucune preuve des études n’aurait été publiée, et qui n’aurait même pas encore atteint la troisième phase de tests cliniques. « Des déclarations d’experts occidentaux sur le danger et l’inefficacité du vaccin russe contre le coronavirus sont sans fondement », a tout de même affirmé mercredi le ministre russe de la Santé, Mikhail Murashko. « Des collègues étrangers, ressentant apparemment certains avantages concurrentiels des médicaments russes, essaient d’exprimer des opinions qui, à notre avis, sont absolument sans fondement », a indiqué le ministre lors d’un point de presse.

Un processus rigoureux
Pour l’heure, 6 vaccins auraient atteint la troisième phase clinique. Après la phase exploratoire et la phase préclinique où le potentiel vaccin doit être étudié en laboratoire et testé chez l’animal, il doit passer par les trois étapes suivantes :

Phase 1 : Le vaccin est testé sur un nombre réduit de volontaires, soit une dizaine de personnes en bonne santé, pour la première fois, dans le but d’identifier les potentiels effets secondaires, sa tolérance par le corps, et d’évaluer si celui-ci génère une réponse immunitaire. En principe, cette phase peut durer d’une à deux années.


Phase 2 : Entre deux à cinq années seraient nécessaire pour cette phase où les essais sont menés sur un nombre plus élevé de volontaires (une centaine), dans le but d’évaluer si le vaccin apporte une protection durable contre l’infection et de déterminer le dosage.

Phase 3 : Cette phase supposée durer de 3 à 5 années permet de mener des essais sur des milliers de personnes pour s’assurer de l’efficacité du traitement, de la sécurité et enfin pour procéder à son enregistrement pour la phase finale de l’homologation.

Plusieurs questions sont alors soulevées. Comment un vaccin peut-il être développé en quelques mois alors que plusieurs années sont nécessaires dans le cas d’autres maladies ? En effet, il y a quelques mois, Didier Raoult, promoteur de l’hydroxychloroquine déclarait : « Quand on ne sait pas gérer une maladie infectieuse, on nous sort le coup du vaccin. Il est déjà difficile de vacciner correctement contre la grippe, alors contre un nouveau virus… Honnêtement la chance qu’un vaccin pour une maladie émergente devienne un outil de santé publique est proche de zéro. ». ​Tout porte à croire que trouver le vaccin contre la Covid-19 est aussi complexe que pour le cas de l’Ebola ou du VIH.

Pour tenter de comprendre, MAROC DIPLOMATIQUE, a contacté Adnane Remmal, enseignant-chercheur à l’Université de Fès, spécialisé dans le développement de médicaments. Il nous explique qu’il est possible de développer un vaccin aussi rapidement dans la mesure où tous les efforts mondiaux y sont consacrés. « Cela dépend des maladies, quand il s’agit d’une maladie du tiers monde, même après 100 ans on ne trouvera pas de vaccin efficace parce que personne ne s’y intéresse. Lorsqu’il s’agit d’une maladie rare, cela prend de temps, car il n’y a pas d’urgence ni suffisamment de fonds. Or la Covid-19 touche les pays riches plus que les pays pauvres, et a paralysé l’économie mondiale. Les pays sont prêts à donner des milliards de dollars pour le trouver, d’autres ont payé le vaccin avant même sa fabrication ».


Le chercheur en microbiologie et infectiologie ajoute que la Russie est totalement apte à développer un vaccin efficace. Elle « est avancée dans tous les domaines de la médecine, notamment dans la biotechnologie médicale. Elle n’a jamais été dépendante des autres pays et a toujours développé ses propres vaccins ». Ainsi, il avoue ne pas être étonné de cette nouvelle bien que c’est évident, avec la course mondiale, que le premier risque d’être dénigré sur le plan commercial et marketing. « Mais cela n’est pas fondé, la Russie est reconnue pour ses compétences (…) si les autres y arrivent, pourquoi la Russie n’y parviendrait pas ? »

Un important enjeu économique et géopolitique
La recherche de vaccin s’est transformée en véritable arme géopolitique et économique. Toutes les grandes puissances se sont livrées à cette course contre la montre, de Trump qui y voit un espoir pour sa réélection, à l’Europe qui pourrait redorer son blason sur la scène internationale, en passant par la Chine qui subit les attaques du monde entier, jugée responsable de la pandémie. La communication de Poutine est alors venue pour rappeler qu’elle est aussi présente dans cette bataille centrée essentiellement autour des États-Unis et de la Chine et qu’elle a son mot à dire en matière scientifique et technologique.