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Le pacte mondial sur la migration Quels enjeux ?

Le pacte mondial sur la migration Quels enjeux ?

 Par Jawad KERDOUDI

La migration internationale qui est le déplacement du lieu de vie d’individus est un phéno­mène aussi ancien que l’humanité. Rappelons que le peuplement de plu­sieurs continents (Amérique, Austra­lie, Asie) a été effectué principale­ment par des immigrés. La migration internationale a plusieurs formes : volontaire ou forcée, légale ou illé­gale, permanente ou temporaire. Les causes de la migration internatio­nale sont soit d’ordre économique : recherche d’un travail, d’un revenu supplémentaire, de prestations so­ciales, soit d’ordre politique, eth­nique ou religieux. On parle alors de réfugiés lorsqu’il s’agit de migrants ayant quitté leur pays suite à un dan­ger mortel : famine, guerre, change­ment climatique. Au niveau des sta­tistiques, le nombre de migrants dans le monde est estimé à 258 millions, soit 3,4% de la population mondiale, qui génèrent 10% du PIB mondial. La migration internationale est concen­trée sur un nombre restreint de pays d’accueil.

L’année 2015 a connu une grave crise de la migration clandestine où 4 millions de Syriens ont fui leur pays, suite à l’escalade de la guerre civile. Les principaux pays d’accueil ont été la Jordanie, le Liban, la Turquie, l’Irak et l’Al­lemagne. Cet afflux de migrants a provoqué un durcissement des po­litiques migratoires en Europe et aux Etats-Unis, qui ont connu un fort mouvement populiste. L’ONU s’est saisi du problème, et le 19 Septembre 2016, la Déclaration de New-York a réaffirmé l’importance du régime international applicable aux réfugiés. Ce régime comporte un éventail d’engagements pris par les Etats-membres, et invite le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) à proposer un pacte mondial sur les réfugiés. Après 18 mois de négocia­tions à New-York, le 13 Juillet 2018 a été finalisé par 192 Etats (sauf les Etats-Unis), le pacte mondial sur la migration.

Ce pacte sera adopté lors d’une Conférence intergouvernementale qui aura lieu les 10 et 11 Décembre 2018 à Marrakech. Ce pacte pour­suit 26 objectifs dont les principaux sont la collecte et l’utilisation des données exactes sur la migration, la promotion de la migration lé­gale, la facilitation du recrutement des migrants à des postes de travail. Le pacte prévoit également de sau­ver les vies des migrants en cas de danger, prévenir et combattre les réseaux de trafic des migrants, ren­forcer la protection, l’assistance et la coopération tout au long du cycle de migration. Il est prévu également par le pacte, l’investissement dans la formation des migrants, la coopéra­tion d’un retour digne des migrants dans leur pays d’origine, le bénéfice des prestations sociales.

Ce pacte présente un élément posi­tif dans la mesure où il a permis une prise de conscience de la commu­nauté internationale du phénomène de la migration clandestine. Il rap­pelle notamment les principes fon­damentaux des droits de l’homme qui doivent régir les migrants. Ce­pendant, il n’est pas sûr que ce pacte soit adopté tel quel à la Conférence intergouvernementale de Mar­rakech des 10 et 11 décembre 2018. De plus, ce n’est pas un document contraignant, et les objectifs sont d’ordre général, d’autant plus que les politiques de migration restent du ressort de la souveraineté des Etats-Nation. Il n’y a pas notamment d’uniformisation du droit d’asile. Les récentes migrantes en Méditer­ranée, et celles en provenance du Venezuela, se sont déroulées dans des conduites déplorables pour les migrants. L’Union européenne, no­tamment, n’est pas parvenue à une politique commune concernant la migration. Tout récemment, l’Eu­rope s’est divisée en deux concer­nant cette question : les progressistes menés par la France et l’Allemagne, et les nationalistes menés par l’Italie et la Hongrie. La migration en Mé­diterranée a coûté la vie à 1600 mi­grants depuis le 1er juillet 2018. Pire encore, certains bateaux d’ONG qui ont sauvé des migrants en mer n’ont pas pu accoster dans un port euro­péen durant plusieurs semaines, et il a été décidé de proposer aux pays Sud-méditerranéens, l’édification de Centres de rétention en dehors de l’Union européenne.

En conclusion, la migration clan­destine est un sujet très complexe et très sensible du fait qu’il s’agit d’êtres humains. Il appartient à la société civile de se mobiliser sur cette question, pour peser de tout son poids afin que la Conférence intergouvernementale de Marrakech des 10 et 11 décembre 2018 soit un grand succès au bénéfice des mi­grants.

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