« Le retard des réformes fiscales entraîne des tensions sociales », selon le FMI

FMI

Le Fond Monétaire International (FMI) publie sa deuxième revue dans le cadre de l’arrangement de la ligne de précaution et de liquidité accordée au Maroc, traitant les bases d’une croissance plus élevée et plus inclusive. Détails.

À l’issue de la discussion du Conseil d’Administration du FMI, M. Mitsuhiro Furusawa, le Directeur général adjoint a déclaré que «Le Maroc a fait des progrès importants dans le renforcement de la résistance de son économie ces derniers temps. En 2019, l’activité économique s’est affaiblie en raison d’une contraction de la production agricole… La position extérieure ne devrait que légèrement s’améliorer, et la consolidation fiscale s’est repliée en raison de l’affaiblissement que connaissent les recettes fiscales et les dépenses salariales publiques. »

La croissance économique en repli

Selon le document du FMI, la croissance économique devrait reculer à 2,8% en 2019, contre 3,0% en 2018, en raison d’une contraction de la production agricole (due à de faibles précipitations), tandis que la croissance non agricole augmenterait à 3,4%, soutenue principalement par les dépenses publiques et la consommation privée (y compris à la suite de l’augmentation des salaires publics).

Le chômage est passé à 9,4% au troisième trimestre 2019 (contre 9,3% au T3-2018), tandis que la participation au marché du travail est tombée à 45,8% (contre 47% au T2-2018). Le chômage reste élevé chez les jeunes et les femmes (26% et 14% en 2018, respectivement).


Concernant l’évolution budgétaire, il était plus faible que prévu en 2019. L’objectif indicatif, à fin septembre, pour le déficit budgétaire devrait atteindre 0,2% du PIB, traduit par une augmentation des dépenses d’investissement, par rapport à la date du dernier examen, en raison de retards dans les accords de partenariat public-privé (PPP), ainsi que de recettes fiscales plus faibles que prévu et d’une augmentation des dépenses salariales publiques.

En 2019, un déficit d’environ 4,0% du PIB est désormais prévu, contre 3,7% un an auparavant. P conséquent, la dette publique devrait atteindre 66% du PIB en 2019 (contre 65,3% en 2018). La position budgétaire, mesurée par le déficit primaire corrigé des variations conjoncturelles (hors dons), demeure neutre. Pour l’année 2020, le déficit budgétaire ne démunira que très faiblement à 3,8% du PIB, contre 3,3% prévu dans la dernière revue, en raison principalement des augmentations de salaires publiques décidées pour 2020-21.

L’inflation globale est en repli de 0,3% (glissement annuel) en septembre 2019 (contre 1,1% en septembre 2018) en raison d’une baisse des prix des produits alimentaires et pétroliers, tandis que l’inflation sous-jacente a ralenti à 0,4%. Bank-Al-Maghrib (BAM) a maintenu son taux directeur inchangé à 2,25% depuis sa dernière réduction en mars 2016.

En septembre 2019, La BAM a réduit les réserves obligatoires de 4 à 2% pour répondre à l’augmentation des besoins de liquidité bancaire et inciter les banques à prêter davantage. Les crédits accordés aux entreprises privées non financières, se sont légèrement améliorés à 4,2%, en glissement annuel.


Les recettes des exportations en amélioration

S’agissant de la position extérieure, elle devrait s’améliorer modestement en 2019. D’après les données de la revue, nous avons remarqué une augmentation au niveau des exportations des secteurs de l’aéronautique et de l’agriculture (respectivement 9,9 et 5,4%, en glissement annuel). Or, les exportations liées au phosphate et à l’automobile ont replié, respectivement de 0,4% et 4,1%). Les envois de fonds et les recettes touristiques ont diminué de 0,4% et augmenté de 5,8%, respectivement à fin septembre (glissement annuel). Cependant, la croissance des importations a été soutenue par les importations élevées des biens d’équipement et de consommation (8,9% et 4,3% respectivement).

Le secteur bancaire fait face à un large éventail de risques

La capitalisation des banque est « adéquate », tandis que les crédits non performants (NPL), la concentration du crédit et l’expansion en Afrique présentent des risques. Le ratio de fonds propres réglementaires des banques est passé à 15,1% en juin 2019, selon le FMI


A noter que, les normes (IFRS) introduites en janvier 2018 obligent les banques à améliorer leur classification des prêts et leurs pratiques de provisionnement. Sur la période de cinq ans, les autorités ont estimé que le besoin en capital correspondant à l’ensemble du système bancaire serait inférieur à un point de pourcentage du ratio de fonds propres réglementaires.

Les ratios de prêts non performants restent relativement élevés, enregistrant 7,7% en septembre. D’après le document du FMI, Les risques liés aux établissements de crédit persistent en dépit de certaines limites réglementaires.

« L’expansion continue des banques marocaines en Afrique offre non seulement des opportunités de diversification et de profit mais également un canal potentiel de transmission des risques que les autorités surveillent attentivement. » apprend-t-on de la même source.

Cette contre-performance du volet budgétaire s’explique, selon le FMI, par la matérialisation des risques externes (ex : les prix du pétrole en augmentation), ainsi par les déficits budgétaires qui sont plus élevés que prévu, reflétant une augmentation des salaires et des dépenses d’investissement et un repli des recettes fiscales. En conséquence, la dette publique n’a pas encore été orientée à la baisse.


Risque de tensions sociales en cas de retards des réformes fiscales

Selon les projections du FMI, la croissance devrait atteindre 3,7% en 2020, portée par un redressement du secteur agricole, une augmentation de la demande intérieure et de gains de productivité.

De son coté, l’inflation devrait atteindre 1,2% en 2020, tirée par une augmentation de l’inflation sous-jacente, et une stabilisation à moyen terme autour de 2%.

Quant au déficit budgétaire, il devrait tomber à 3,8% du PIB en 2020, réduisant le besoin de financement public à 3,5% du PIB. Le déficit diminuerait ensuite et stabiliserait aux alentours de 3% du PIB, à partir de l’année 2021, tandis que les recettes de privatisation attendues contribueraient à réduction de la dette publique de près de 60% du PIB à moyen terme.


La balance des risques reste orientée à la baisse. Sur le plan intérieur, des retards dans la mise en œuvre de réformes fiscales et structurelles clés (par exemple, la fiscalité et la fonction publique) ou dans la maîtrise de la masse salariale (déjà élevée) des salaires publics pourraient affecter les perspectives de croissance, réduire l’espace budgétaire et de réduire la dette publique à 60% du PIB. Ils pourraient également contribuer à la création de tensions sociales, impactant négativement le secteur extérieur (par exemple, par la baisse des recettes touristiques et des entrées d’IED).