Vient de paraître : ‘’Lettre à mon homme’’ de Najib BENSBIA

Ecrit sous la forme d’une longue lettre, ‘’Lettre à mon homme’’ est un récit qui interpelle, comme en laboratoire, le statut de la femme fragilisé le long de l’Histoire humain, parce que désarticulé par l’omnipotence du masculin qui, à travers les âges, s’est évertué – et continue – à dominer sans partage, du moins pas en bonne et perfectible volonté.

Le récit est une interpellation. Il est écrit au ton personnel d’une femme qui s’adresse à ‘’son homme’’. Elle lui parle en tant qu’amie, amante, épouse, sœur, peut-être également sa fille. Elle trace face à son regard, atrophié par un aveuglant sexisme, ce qu’il en a fait depuis l’aube des temps, au sortir de l’Eden après avoir croqué la pomme.

Ce ‘’sortir de l’Eden’’ est une image bien sûr. Mais en cela évidemment, ‘’Lettre à mon homme’’ est un condensé chirurgical de la condition de toutes les femmes du monde, quelles que soient leurs religions, leur culture, leur ‘’appartenance’’ matrimoniale… c’est en cela que les articulations faites par la narration déambulent entre l’approche normative, sociologique, philosophique, anthropologique, sémiotique même… Elle en appelle à l’entendement libérateur au prix de la rébellion, la révolte, la mise en procès et, surtout, dans l’appel à l’acceptation de l’égalité intégrale entre ‘’elle’’ et ‘’lui’’ en tout.

A travers les âges de la civilisation humaine justement, la femme a été maintenue dans une servilité qui s’est peaufinée selon les sociétés, les us et coutumes ainsi que la prépondérance politique qui guident la société globale. L’instrumentalisation n’est pas que directe, sociale, sociétale pour ainsi dire, mais également et surtout politique.  Malgré les avancées et les acquis, la femme n’est pas à l’abri d’un retour de manivelle, surtout que la tendance aujourd’hui est à la manipulation de tous les instincts primaires chez l’homme (au sens général). Et en cela, la culture dominante et la religion (qui en est la matrice) refonde en cercle ‘’in’’vertueux la mise sous tutelle permanente, décadente, aléatoire de plus de la moitié de l’Humanité arborescente.

Dans un style direct, qui crée une rupture  étiologique avec la langue de bois, ou disons le formalisme linguistique de civilité bien entretenue, ‘’Lettre à mon homme’’ peut être considéré, à la limite, comme étant un véritable réquisitoire qui passe au peigne fin ce que le masculin (le macho, le violeur, l’incestueux, le simple ‘’asserviteur’’…) a fait de sa campagne, cette création divine dotée de beauté, d’intelligence, de sens performant de la gestion et de l’administration des choses de la vie. Or, parce que le temps humain est délabré par le regard borgne, désemparé parfois, à sens unique tout le temps, l’homme (le masculin s’entend) n’a voulu voir en la femme qu’un déversoir de tant de choses dont la sexualité est l’intime corollaire.


C’est en ce sens que le récit fait un parcours sinueux de ces espaces de servilité qui continuent d’hypothéquer la liberté de la femme en tant qu’être plein et entier. La narration fait un survol-diagnostic du vécu de ‘’cette dame’’ qui orne nos espaces de vie de tant de raffinement, de joie et de bonheur. Or, au lieu qu’il s’en aperçoive pour en jouir avec partage de bonne intelligence, ‘’il’’ s’ingénue à redoubler de manigances pour mieux endiguer les élans d’envol qui font désormais de la femme le lieu et le centre des décisions de bonne gouvernance.

Bien sûr, comme le récit est décliné par une femme à l’endroit de ‘’son’’ homme, par-delà le ton acerbe, parfois crû, qui enveloppe l’ensemble du texte, il est dans l’ordre naturel des choses que cette lettre fût écrite en veillant à la faire signer avec beauté, esthétique de bon escient et un bémol de raffinement qui a l’ambition d’entrainer la/le lectrice/lecteur dans les labyrinthes du temps qui ne pardonne pas. Jamais.

Car, cette dame, qui est notre épouse, notre sœur, notre amie, une proche en tous les cas, ne cesse de se réveiller tout le temps en sursaut : ‘’Parfois, alors que je suis endormie, je vois comme des flashs, des faisceaux de lumière qui viennent estomper mon regard. Comme si, en plein sommeil, je rêve tout en ayant l’impression, la sensation, la certitude qu’une partie de moi reste éveillée. Je me vois entrain de rêver. Et, quand je me réveille, je vois les choses autrement. Au travers de ce mi-rêve, mi-éveil, je constate que mon univers de femme, parmi les femmes, subit des électrochocs, par intermittence mais à cadence régulière, chronométrée à la millionième seconde près’’…

‘’Lettre à mon homme’’
Najib BENSBIA
ORION EDITIONS
Juillet 2020