M. Benaissa appelle à briser le lien entre Terrorisme et Religions

Mohamed Benaissa

Le secrétaire général de la Fondation du Forum d’Assilah, Mohamed Benaissa, a souligné, mardi à Assilah, la nécessité de briser le lien entre le terrorisme en tant que phénomène nihiliste et destructeur et les religions qui, de par leur essence, se rencontrent dans les mêmes valeurs de paix, de dignité de l’être humain et de sacralité de l’âme.

Intervenant à l’ouverture d’un colloque sous le thème “Pensée religieuse incubateur du terrorisme: contexte et moyens de lutte” organisé dans le cadre de la 40è édition du Moussem culturel international d’Assilah, M. Benaissa a précisé que ces valeurs constituent autant de sens qui imprègnent l’Islam en tant que religion, culture et civilisation.

“Pourquoi avoir formulé dans ces termes le sujet de notre colloque censé analyser l’arrière-plan religieux de l’extrémisme violent, phénomène qui sévit actuellement dans nos sociétés, dans nos États, voire dans le monde entier?”, s’est-il interrogé, relevant que certains pourraient, à tort, y voir un lien entre religion et terrorisme, histoire d’insinuer que la religion visée ne serait autre que l’Islam et de lancer des diatribes incriminant le radicalisme organisé”.

Dans le même ordre d’idées, M. Benaissa a fait remarquer que si le terrorisme est aujourd’hui associé à l’Islam, dont se revendique faussement le fanatisme takfiriste, il n’en demeure pas moins que toutes les religions ont été, dans certains contextes et à certains moments, victimes de distorsions et de manipulations, notant que l’histoire est là pour prouver que les crimes les plus horribles qui aient jamais affligé l’humanité ont été perpétrés au nom des valeurs et des croyances les plus élevées.


A leur tour, a-t-il poursuivi, des études sociologiques révèlent que le sacré, tout en protégeant et sauvegardant la dignité de l’Homme, fournit en même temps des prétextes et des arguments servant à justifier sans fléchir les pires abus et violations au grand dam du genre humain.

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“C’est au nom de la religion que des guerres dévastatrices ont ensanglanté le monde, que des nations et des peuples entiers ont subi le génocide, que des oppositions ont été bâillonnées. Et pourtant ce n’est la faute à la religion en soi, mais bien à la manière dont elle est expliquée et comprise. Drapés dans les oripeaux de telles interprétations et perceptions, des épisodes circonstanciels, où le facteur religieux ne comptait guère, ont souvent projeté ce dernier à l’avant-scène dans des proportions destinées à capter l’attention générale comme étant l’essentiel de l’évènement”, a-t-il expliqué.

“C’est ce que nous constatons très clairement à l’heure actuelle dans le monde arabo-islamique, un monde secoué, depuis des décennies, par les déferlantes de violence qui sont succédé en trois étapes, avec au départ la dynamique engendrée par ce que l’on appelle “le Jihad afghan” du début des années 1980 et, ensuite, l’apparition d’organisations transfrontalières, dont le point culminant a été atteint par Al-Qaïda, constamment à la une de l’actualité après le séisme du 11 septembre 2001, a indiqué M. Benaissa.


Et d’ajouter que ces dernières années, deux nouvelles dimensions sont venues aggraver encore ce phénomène, à savoir l’exploitation de situations transitoires ainsi que de crises internes intervenues dans la plupart des pays arabes pour proclamer des soi-disant émirats ou califats, violents et sanguinaires, mais aussi le déplacement des confrontations au sein même des sociétés, de façon à prendre pour cibles des civils sans armes et transformer les espaces urbains de communication et de rencontre conviviale en théâtres d’attentats-suicides criminels.

“Nous voilà donc arrivés à une situation dont la dangerosité oblige à rompre le silence. Rien ne sert, pour l’affronter, de repasser que les sentiers battus des raisonnements stéréotypes ou des approches analytiques traditionnelles”, a relevé Mohamed Benaissa, assurant que “c’est ce qui nous a encouragés à soumettre ce sujet au débat intellectuel, franc et pondéré, qui est le propre du Forum d’Assilah, une agora consacrée au dialogue frustré par l’ouverture, la franchise et la rigueur”.

Selon le secrétaire général de la Fondation du forum d’Assilah, ce colloque se propose de faire toute la lumière sur le phénomène du terrorisme dans toutes ses composantes, aussi bien dogmatique, doctrinaire, culturelle et idéologique que sociétale, par le biais d’une analyse objective et minutieuse, loin des explications bricolées, du prêt-à-penser et du déjà vu.

Il s’est aussi dit persuadé que cet illustre aréopage, représentant le monde des sciences, de la pensée et de la recherche, contribuera efficacement au décryptage des vérités cachées et au démantèlement des stéréotypes, tout en apportant les bonnes réponses aux problèmes posés.


Placée sous le Haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, la 40è édition du Moussem d’Assilah, dont l’Afrique est l’invitée d’honneur, propose divers événements culturels et artistiques, notamment des séminaires, des ateliers, des spectacles de musique, des défilés de mode, ainsi que des expositions.