Mais où est l’hydroxychloroquine promise par le département de la Santé ?

l’hydroxychloroquine

Chose promise, chose non due ! Cela fait quelque temps qu’on parle du retour de l’hydroxychloroquine dans les rayons des pharmacies sur ordonnance, suite à la proposition la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM). L’information a été confirmée par la suite par le ministre de la Santé dans un passage radio. Deux semaines après, ce médicament n’est toujours pas disponible dans les officines, notant qu’il n’est pas seulement réservé au traitement des patients Covid.

Lors d’une interview du ministre de la Santé Ait Taleb, le 29 septembre, sur Radio 2M, il avait déclaré que « le Maroc a commencé à produire le sulfate d’hydroxychloroquine. C’est un générique du Plaquenil qui bientôt sortira sur le marché marocain et nous n’aurons pas de problème de rareté du produit. Il sera délivré sur ordonnance ». On en comprend que les patients positifs à la Covid pourront acheter prochainement le protocole thérapeutique directement des officines. Quant aux autres composantes du protocole de traitement, celles-ci seraient déjà disponibles en pharmacie. Mais, jusqu’à présent, ce médicament n’est pas encore présent dans les officines. Qu’est-ce qui explique le retard dans sa mise à disposition des pharmacies ?

Sachant qu’aucun document officiel n’a été publié par le ministère pour annoncer son application, chose qu’a été confirmée par un responsable syndical auprès des pharmaciens, « il y a eu des discussions entre le département de la Santé et les pharmaciens, mais aucune décision officielle n’a été annoncée », commente notre source, qui nous explique que le ministère est toujours en train d’étudier la faisabilité de la chose, surtout pour les patients asymptomatiques qui suivent le traitement à domicile.

Faut-il, donc, signer une sorte d’accord entre le ministère et les pharmaciens pour pouvoir vendre le protocole thérapeutique ? « pas vraiment », rétorque notre source, « c’est un médicament, comme d’autres, qu’on avait l’habitude de vendre en officine avant que le ministère ne réquisitionne nos stocks de cette molécule en début de pandémie, pour éviter sa rupture ». Pour les patients Covid, « le médicament ne sera remis que sur ordonnance ».


Par ailleurs, si le protocole thérapeutique retourne en pharmacies, il sera désormais vendu, alors qu’il était distribué gratuitement aux patients positifs à la Covid au niveau des hôpitaux. Par exemple, l’hydroxychloroquine, dont le nom est commercial est le Plaquenil, coûte 51,10 dirhams. Certains pourraient croire qu’il s’agirait d’une logique marchande, mais l’idée, pour les pharmaciens, est de faciliter la tâche au citoyen, parce que le Maroc compte plus 12.000 officines qui sont ouvertes à longueur de journée. « Ce serait plus facile pour les gens de se rendre en officine. Quant aux pharmaciens, ils sont exposés au risque de contamination dans tous les cas, il suffit d’être vigilant au maximum, en mettant en place les mesures barrières nécessaires », explique notre interlocuteur. D’autant plus que le générique du Plaquenil, qui sortira bientôt sur le marché marocain, sera certainement moins cher que la molécule mère.

Notons que le protocole comporte, en plus de la Chloroquine et l’Azithromycine, la vitamine C et le zinc, qui sont toujours en « rupture de stock ou bien au compte-goutte », selon une source de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens. D’ailleurs, ils sont indisponibles dans plusieurs pharmacies.

Toutefois, cette « opacité » qui existe dans la coordination entre le département de tutelle et les professionnels de la Santé du privé, notamment, les pharmaciens et les médecins libéraux, laisse croire que le ministère ne souhaiterait pas intégrer ce secteur dans la lutte contre la Covid ou bien ceux-ci ne seraient pas intéressés par le circuit Covid. Contacté par Maroc Diplomatique, le département de la Santé n’a pas donné suite à nos sollicitations. En attendant, le personnel soignant du public continue de tirer la sonnette d’alarme pour dire que les hôpitaux frôlent la saturation dans les villes qui connaissent une recrudescence des cas.