Le Maroc a toujours eu une capacité de penser son développement dans une logique de verticalité africaine

Le Maroc a toujours eu une capacité de penser son développement dans une logique de verticalité africaine, a assuré le président de l’Institut de prospective et de sécurité en Europe (IPSE), Emmanuel Dupuy.

Ce sont une tradition et une histoire qui sous-tendent la politique africaine du Maroc qui peut remonter à plusieurs siècles“, a affirmé M. Dupuy, dans une interview accordée au quotidien sénégalais à grand tirage +Le Soleil+ et publiée dans son édition de samedi et ce, à l’occasion de la 5ème rencontre internationale de Dakhla.

Le Maroc n’a pas attendu l’adhésion formelle pour intégrer la CEDEAO (communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), en avril dernier, pour être un des principaux acteurs économique de la zone UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine)“, a-t-il fait observer, notant que le Royaume est le deuxième pays africain émetteur d’investissements directs étrangers dans la zone UEMOA.

Il est devenu un émetteur d’investissements directs étrangers en dehors de sa zone d’influence voisine de l’Afrique de l’Ouest. Il est même un des principaux investisseurs dans la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) eu égard avec sa proximité historique avec le Gabon“, a-t-il ajouté. Pour le président de l’IPSE, “le Maroc se veut aussi un pôle d’attraction économique avec des investisseurs venant de loin. Nous avons en tête les investissements chinois de 10 milliards d’euros à Tanger Tech“.


Le Maroc a toujours eu des raisons objectives et subjectives de s’intéresser à l’Afrique. Ce qui est nouveau, c’est un double intérêt du Maroc pour réintégrer une famille qu’il n’aurait jamais dû quitter en 1984. Mais, il y a une nouvelle volonté marocaine qui vise à s’intéresser autant à la dimension panafricaine que la dimension sous-régionale”, estime M. Dupuy.

Pour le Maroc, l’impact que peut avoir certains sujets traités au sein de la CEDEAO, à savoir la question migratoire et le terrorisme, peut avoir des contingences et des jonctions évidentes avec l’agenda du pays surtout concernant l’immigration“, fait-il remarquer, relevant que sur la question du terrorisme, l’insécurité dans la région impacte aussi sur celle des provinces du Sud du Maroc “où l’on craint les interconnexions avec certaines organisations qui peuvent avoir des liens“. “Nous pensons au Polisario et aussi aux autres organisations terroristes qui agissent dans la zone sahélo-saharienne“, a-t-il enchaîné.

Soulignant que la realpolitik marocaine s’est imposée à travers les nombreux projets de proximité qui légitiment cette action et ce rôle, à l’instar du pipeline qui va unir à l’horizon 2023 Tanger et Lagos, M. Dupuy a indiqué que la force d’attractivité du modèle économique marocain, par sa capacité d’absorption financière, la présence de grands groupes internationaux, les infrastructures qui permettent à de grandes entreprises de s’installer dans des villes à côté d’institutions bancaires, fait que les entreprises africaines qui veulent se positionner à l’international vont prendre le Maroc comme un hub ou une plateforme.

Le Maroc est devenu un pays de transit et aussi d’accueil d’un certain nombre de migrants. C’est pourquoi, poursuit-il, une nouvelle loi d’accueil des migrants a été adoptée en septembre 2013, outre la régularisation, par la suite, de 25.000 migrants subsahariens montrant ainsi qu’au-delà de la dimension économique, il y a une dimension humaine dans la solidarité entre pays africains“.