MAROC-ALGERIE : LE REVE BRISE….

 

La semaine dernière, le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane a lancé un appel au président algérien Abdelaziz Bouteflika, le défiant d’ouvrir les frontières maroco-algériennes, fermées depuis des années. « Puisque tu proclames que nous sommes des frères, lui a-t-il lancé, alors au nom de cette même fraternité, rouvre tes frontières à nos deux peuples ! ». L’appel a été lancé du haut du parlement qui incarne la représentation démocratique nationale, autant dire un symbole. Mais, il ne croyait pas si bien dire…le chef du gouvernement et n’a pas tardé longtemps avant de recevoir la réponse cinglante du ministre algérien de l’Intérieur qui a coupé court aux espoirs exprimés ici et là… Cynique, ce dernier a cru monter sur ses ergots pour dire que son gouvernement, ce n’est pas nouveau, se refuse à toute réouverture de leurs frontières. Il a été suivi naturellement par la presse à la botte du pouvoir et autres DRS, qui en fait ses choux gras avec une malhonnêteté ahurissante. Comme si le gouvernement marocain en est réduit à quémander, à « supplier » Bouteflika, pour reprendre l’expression d’une feuille de chou algérienne.

La vérité est que le Maroc, et ce n’est pas une clause de style, reste attaché à l’esprit de la construction du Maghreb. Les économistes estiment que ce dernier perd pas moins de 2 à 2,5 points de son PIB global en vivant de ce « Non Maghreb » qui est une caricature sidérante, en supportant une incohérente dispersion de ses richesses. C’est le Maghreb qui perd, ce sont ses peuples qui souffrent. Le discours que le Roi Mohammed VI a prononcé, le 6 novembre dernier, à Lâayoune, a constitué une sérieuse alerte à cet égard, mais aussi le cri de désespoir d’une injustice faite aux populations sahraouies séquestrées à Tindouf.

Cet aspect des relations maroco-algériennes s’inscrit dans un affrontement politique et va au-delà. On est tenté de parler d’une guerre qui s’éternise, comparée à la « guerre des cent ans » qui opposa, entre 1337 et 1453, la France et l’Angleterre. Car, nul doute que le conflit du Sahara revient à notre mémoire. En effet, cinquante deux ans de méprise et d’hostilité réciproque, entre le Maroc et l’Algérie, suffisent à nous convaincre que la guerre a pris pied dans leurs relations.

La cause de cette méprise, c’est bien évidemment le Sahara marocain qui est à la fois le prétexte de cette guerre froide et la pierre angulaire de toute normalisation. La « guerre froide » entre nos deux pays remonte à 1962, date à laquelle l’Algérie a recouvré son indépendance, après une guerre qui a duré huit ans contre la France. On rappellera au passage que pendant la guerre de libération, le Maroc n’avait cessé d’apporter aux combattants algériens un soutien précieux, politique, diplomatique, financier, militaire et humain. Et que la plupart des leaders algériens de cette époque avaient pignon sur rue au Maroc, à Oujda notamment qui servait d’arrière-base à l’armée de libération algérienne. Bouteflika, Boumediene et autres vivaient dans la capitale de l’Oriental marocain et recevaient l’aide nécessaire à leur combat et à leur stratégie de guerre.


Cela ne les empêcha pas, une fois l’Algérie libérée et même, une fois devenus l’un et l’autre président de la République, de renier le passé voire de l’effacer de leur mémoire. Et surtout de s’ériger en adversaires patentés et irréductibles du Maroc et de ses droits historiques sur le Sahara. Octobre 1963, soit quinze mois après l’indépendance, l’armée algérienne s’est délibérément lancée dans l’incursion du territoire marocain, occupant « manu militari » quelques villages du côté de Figuig. Incident de parcours, volonté affichée de prendre possession de quelques arpents territoriaux vers l’ouest, provocation ? Rien n’était moins sûr aux yeux des autorités marocaines qui réagirent aussitôt. Ce que la presse occidentale appela escarmouches se transforma en réalité en guerre ouverte, mobilisant les états-majors respectifs des deux pays, donnant lieu à une guerre de communiqués et mettant en péril « l’amitié fraternelle et la solidarité » entre les deux peuples, marocain et algérien…célébrée quelques semaines avant !

Or, on ne soupçonna guère l’autre dimension de cette « guerre des sables », ainsi dénommée selon une formule consacrée ! Elle enracina depuis lors un sentiment d’irascible méfiance et revivifia – dans le mauvais sens – le nationalisme trivial entre les deux parties. Les accords de Bamako sous l’égide l’OUA et du Négus Hailé Sélassié, empereur d’Ethiopie et tout à sa sagesse, ne tempérèrent pas les ardeurs belliqueuses des uns et des autres. La méfiance réciproque qui s’est installée depuis lors est proprement viscérale, parce qu’elle procède toujours d’un nationalisme outrancier voire grossier. La haine s’est substituée à l’amitié, le voisinage a cédé le pas à l’invective. En témoignent les incidents provocateurs  proférés régulièrement sur la même frontière par les soldats algériens en faction qui, animés par une propagande anti-marocaine, se hasardent à tirer sur les citoyens marocains de l’autre côté de la frontière.

Il convient de s’interroger sur la persistance de l’hostilité algérienne envers le Maroc, cinq décennies durant après que les deux pays, libérés définitivement du joug colonial – le rêve fraternel sur leur fronton – eurent décidé de « travailler ensemble, la main dans la main », de proclamer leur complémentarité, d’unir leurs efforts et de mettre en commun les synergies nécessaires pour bâtir un ensemble géoéconomique et, au-delà, le Maghreb qui tient tant à cœur aux peuples de la région ?

 

 

 

 

 

 

Hassan Alaoui est le Directeur de la publication de « Maroc diplomatique » , il a dirigé pendant de longues années la rédaction du quotidien « Maroc Soir » et du « Matin » . Il a été aussi éditorialiste des mêmes titres. Il a collaboré à plusieurs autres titres de presse. Auteur du livre « Guerre secrète au Sahara occidental », il suit et analyse pour nous l’actualité politique, nationale, régionale et internationale.