Moyen-Orient : un terreau fertile pour la guerre

Par Saad Bouzrou

La situation chaotique que le Moyen-Orient connaît, aujourd’hui, affecte non seulement les pays qui le composent mais également des pays extérieurs, aussi bien en Occident qu’en Orient.

Aujourd’hui, les enjeux de sécurité restent majeurs pour les pays de la région comme pour ceux qui leur sont extérieurs. Or, les facteurs de déstabilisation demeurent forts et, pour la plupart, sont toujours présents : le poids de l’Histoire et les conséquences du démembrement de l’Empire ottoman, le réveil des chiites et la rivalité entre l’Iran et l’Arabie saoudite, la défaillance de la gouvernance des Etats de la région, la poussée de l’islam radical, l’échec des printemps arabes, des immixtions étrangères impudentes. Ce sont autant d’éléments qui ont contribué et qui contribuent encore au chaos moyen-oriental. En effet, le Moyen-Orient est devenu une terre de conflits aux multiples acteurs : Etats, seigneurs de la guerre, milices armées, groupes terroristes.

Des conflits intercommunautaires                           

Le Moyen-Orient est une zone où les structures communautaires restent fortes, qu’elles soient tribales, ethniques ou religieuses. Une mosaïque de peuple et de religions se côtoient depuis des siècles en entretenant des relations qui ont été souvent conflictuelles.


Cependant, les guerres civiles qui ensanglantent la région ne sont pas toutes le fait de communautés en rivalité. En Syrie, le conflit n’oppose pas les Alaouites qui contrôlent le régime aux autres communautés. Les minorités –chrétiens et druzes- le soutiennent en majorité, tandis que les sunnites sont partagés. Au Yémen, le jeu des forces traditionnelles est aussi complexe : Il ne s’agit pas d’un conflit entre les zaïdites et le reste de la population, même si, au départ, une tribu zaïdite a été à l’origine du conflit. Au Liban, il en est de même : les chrétiens comme les sunnites sont divisés entre un camp prosyrien et le camp hostile à Damas, et tous les chiites ne se reconnaissent pas dans le Hezbollah.

Pour les Kurdes, leur cas demande un examen particulier. Cette importante communauté de 30 millions de personnes réparties sur quatre pays (Turquie, Iran, Syrie, Irak) veut affirmer son identité et acquérir son autonomie, voire son indépendance. La promesse d’un Etat kurde, tel qu’il avait été inscrit sur la carte par le traité de Sèvres, en 1920, mais jamais appliqué, a marqué les esprits. Les progrès vers l’autonomie sont réels au Kurdistan irakien, qui bénéficie d’un régime spécial. Les kurdes syriens ne cachent pas leur volonté d’ériger un Rojava qui, d’Afrin à Qameshilé, les réunirait dans une entité commune. En Turquie, le PKK est en rébellion depuis des décennies sans que la cause kurde ne progresse, bien au contraire.

Une situation appelée à perdurer

Le bilan des guerres qui dévastent le Moyen-Orient est particulièrement lourd. Depuis maintenant près de quarante ans, cette région est un champ de bataille qui a fait plusieurs millions de morts et de blessés, sans compter les destructions d’un patrimoine historique considérable. L’essentiel des pertes de guerre est supporté par des populations civiles victimes des combats. On observera que sur les cinq types de guerre en cours dans cette zone, aucune n’a un caractère conventionnel. La dernière guerre de ce type est l’affrontement, entre l’armée américaine et celle de Saddam Hussein. Depuis lors, il s’agit de guerres asymétriques ou hybrides, de guérillas, de guerres civiles, d’actions terroristes ou encore d’hostilités intercommunautaires.


Cette situation risque de perdurer. La perspective d’un retour à une certaine stabilité, et a fortiori à la paix, paraît lointaine.

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