Repenser le vivre-ensemble pour vivre dans la paix

GAZA le 23 01 2009. Délégation conduite par Patrick Le Hyaric avec Fernand Thuill et Francis Wurtz GAZA le 23 01 2009.Ziad MEDOUKH professeur de Français. Photo Pierre TROVEL

DOSSIER DU MOIS

Le vivre-ensemble en débat

Ziad Meddoukh

Directeur du département de français à l’Université Al Aqsa de Gaza, coordinateur du Centre de la Paix de Gaza & écrivain

 

La paix est une demande populaire partout dans le monde. Le problème c’est que la paix est devenue un slogan pour beaucoup de pays, d’institutions, d’organisations et de personnes qui, jour et nuit, déclarent avoir travaillé et œuvré pour réaliser cette paix dans leur entourage, dans leurs pays,  dans leurs régions, et dans le monde, mais sur le terrain, ils ne font rien pour la réaliser, au contraire, ils incitent à la haine et l’intolérance dans leurs actions et dans leurs mesures.


Les raisons sont simples : les intérêts économiques de ces pays, l’absence d’une éducation à la paix dans les écoles et dans les universités, et surtout l’absence d’une vraie volonté pour réaliser cette paix. Sans oublier que le monde entier vit une crise morale, avec des valeurs humaines bradées pour des intérêts personnels. Nous vivons dans la violence, les guerres, la peur, l’inquiétude et la méfiance entre personnes et entre pays.

Dans cette situation d’insécurité dans le monde, j’accuse en premier les fabricants d’armes qui de par leurs relations économiques avec les hommes politiques et les décideurs essayent de maintenir cette situation d’insécurité dans le monde afin d’augmenter leurs profits et leurs bénéfices, même sur le dos de milliers de victimes.

Il y a là une raison principale de cette situation: l’injustice. Quand un pays riche, au lieu d’aider les pays pauvres à sortir de leur crise économique et leur envoyer des aides alimentaires, il envoie des missiles et des militaires pour les occuper.

Aussi, il y a des conflits qui durent depuis plus d’un demi-siècle comme le conflit israélo-palestinien, et qu’aucun pays ni aucune organisation n’arrivent à trouver une résolution de ce conflit, pourtant simple : la fin de l’occupation et la fin de la colonisation des territoires palestiniens.


Mais on voit des pays qui encouragent Israël dans sa politique agressive à l’encontre des Palestiniens comme l’envoi des armes à cet État d’apartheid, et le défend dans les instances internationales.

On doit accepter l’Autre et essayer de vivre avec lui, loin des différences ethniques et religieuses. On doit augmenter le nombre de rencontres interculturelles et internationales partout dans le monde, chacun doit connaître la culture de l’autre. On doit enseigner à nos enfants le vivre-ensemble. Le rôle de l’école devrait changer. Elle n’est pas seulement un espace scientifique et d’apprentissage, mais un lieu de rencontre, pour inculquer les principes et les valeurs humaines dès l’enfance, afin de participer à créer une génération de tolérance, une génération qui œuvre pour la justice, pour la paix et pour la stabilité dans le monde. Une génération qui serait capable de lutter pour instaurer la paix, et qui se mobilise pour ces valeurs humaines et humanistes.

La question ce n’est pas de créer et d’engager une nouvelle éthique, mais de revenir à nos valeurs humaines de tolérance, de justice, d’accepter l’Autre, de vivre ensemble, de mettre la paix comme un objectif à réaliser, et pas seulement comme un slogan ou comme un discours. Il y a là engagée la responsabilité des associations et organisations nationales et internationales qui œuvrent pour la paix, qui devraient renforcer leurs actions et toucher un public plus large, notamment dans les lieux de conflit, afin d’arrêter la violence et augmenter les chances pour arriver à des solutions pacifiques. À mon avis, il y a un manque de conscience et d’un travail de fond.

Cette violence engendre l’injustice et la haine, ce qui rend difficile la solution pacifique. Tout le monde doit assumer ses responsabilités afin d’éviter d’aggraver notre crise morale et cette tendance vers l’intolérance.


Pour sortir de cette crise morale, on devrait commencer un travail de fond avec la nouvelle génération.  On devrait proposer aux  enfants et aux  jeunes une culture de la paix, une éducation à la tolérance, un enseignement des valeurs humaines. Il y a un rôle très important à jouer par les médias, qui devraient augmenter leurs programmes et leurs chaînes pour sensibiliser les gens au danger de la violence et du conflit, essayer de rapprocher les peuples et participer à instaurer une culture de paix et de tolérance. Par exemple, les chaînes de TV et les journaux, au lieu de mettre à la Une de leurs pages et de leurs écrans une image ou une nouvelle d’une guerre, attentat, ou bombardement, ils pourraient mettre une action de paix ou une rencontre sur la tolérance.

Un exemple concret : on a créé à notre université de Gaza un Centre de la paix pour enseigner les principes de la démocratie, des droits de l’homme, de tolérance et de paix aux jeunes étudiants, ce centre organise des ateliers, des rencontres  et des formations sur ces principes. Quand on invite des journalistes à visiter notre centre afin de couvrir nos activités, ils ne viennent pas, mais quand il y a un bombardement israélien sur Gaza ou des affrontements, les journalistes arrivent nombreux. Ces journalistes au lieu de m’interroger sur les actions de notre centre, ils demandent des réponses sur les attaques et les offensives israéliennes contre la bande de Gaza. Et ça se répète en Iraq, en Syrie, au Yémen où les médias s’intéressent aux conflits et aux attentas violents, au lieu de parler des actions de paix dans ces pays, qui sont nombreuses, mais pas connues à cause de la non-couverture médiatique.

En conclusion, nous devrons tous travailler ensemble et nous mobiliser afin d’essayer de sauver ce monde de sa crise morale et de favoriser le dialogue entre les pays, et les gens pour arriver une vraie paix durable, une paix qui passe avant tout par la justice.

Malgré tout, nous devrons croire en l’humanité, car l’Humanité est plus forte que les prisonniers de la haine !


Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…