Tanger-Lagos, une nouvelle configuration géopolitique portée par les provinces du sud

Tanger-Lagos

Par Farida Moha

Le webinaire – reliant Paris et Dakhla en direct –  qui vient d’être organisé par le Cercle Eugene Delacroix et suivi par des centaines de participants  dont nous publions en vidéo de larges extraits a été animé de Paris par de nombreuses personnalités politiques, notamment les membres du Cercle de l’association comme Yanja El Khattat, président de la Région de Dakhla-Oued Eddahab ou Hamdi Ould Rachid, président de la Région de Laayoune Sakiat Hamra ou Jean Paul Carteron, Président fondateur du Forum Crans Montana , par des opérateurs économiques et investisseurs français.

On peut d’ores et déjà se féliciter d’une retombée positive, qui n’est pas le fruit du hasard, après ce webinaire : la décision commune de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) de la Royal Air Maroc de lancer bientôt une ligne aérienne directe entre Paris et Dakhla destinée à être un pont direct entre l’Europe et la porte de l’Afrique.

La vocation touristique de Dakhla, avec ses sites, son histoire, sa culture, ses trésors, l’océan atlantique et ses hommes sera d’autant plus renforcée que la région Oued Eddahab reste le miroir du tourisme balnéaire, mais aussi la plaque tournante des investissements dans le continent. Or, depuis la récupération de ses provinces sahariennes, le Royaume du Maroc n’a eu de cesse de réaliser une véritable transformation multiforme en termes d’urbanisme, d’habitat, d’agriculture, de la pêche, d’éducation, de santé et d’épanouissement des populations. Le souci du Roi Mohammed VI, comme il l’a souligné à maintes reprises, est d’assurer le bien-être des populations des provinces sahariennes, de leur offrir un cadre de développement de leurs activités.

Le séminaire organisé par le Webinaire à Paris est donc venu rappeler ces réalisations gigantesques qui, concernant la récente période, ont mobilisé plus de 100 Milliards de dirhams. L’exercice a permis de donner un aperçu sur cette formidable dynamique et croissance de ces provinces du sud mise en exergue notamment par M. Carteron . des grands chantiers déjà réalisés ou en voie d’achèvement, comme les routes et ports pour désenclaver ces régions et assurer compétitivité dans les flux logistiques mondiaux, la création de zones industrielles et réseau d’assainissement, la maison de l’artisanat , les centres pour les femmes, les facultés et centres d’apprentissage, les fermes éoliennes, les hôpitaux ,le centre de santé , le CHP… enfin tout ce qui témoigne du chemin parcouru depuis la réintégration de ces provinces en 1975-80.


Un chemin que l’on pourra mesurer en relisant l’ouvrage de l’anthropologue italien, spécialiste du Sahara et du Sahel Attilio Gaudio qui dans son ouvrage « Les dossiers du Sahara occidental »,  paru en 1978 , évoquait avec pertinence le seuil de pauvreté des populations , l’analphabétisme ,l’absence des structures sanitaires…laissés par le colonialisme espagnol.

Le désenclavement des provinces du sud a permis à ces dernières d’être connectées aux autres régions du Royaume  et de contribuer au nouvel équilibre du pays tout entier, porté par les régions du Sud. La fluidité de circulation désormais assurée au point stratégique de Guerguerate permet également de maitriser  le corridor Afrique Europe de Tanger à Lagos et de créer de nouveaux marchés . Selon un politologue  «  les voies d’accès, les corridors nord-africains sont parmi les plus compétitifs en raison de la proximité de la façade atlantique et méditerranéenne des deux principaux marchés internationaux des biens et des services : les États-Unis et l’Europe. Une combinaison des voies terrestres et maritimes offre à l’Afrique du Nord un avantage stratégique à la condition que la paix soit durablement préservée » .

De par leur situation géostratégique , les territoires du sud deviennent ainsi acteur et facteur de production a souligné lors d’une rencontre organisée en 2018 à Dakhla Philippe Clerc, Président de l’Association internationale francophone d’intelligence économique et expert en intelligence économique internationale à la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI France) et cofondateur de la même Université ouverte de Dakhla. Son intervention a porté sur « l’intelligence sociétale ,   réponse aux enjeux  du développement territorial africain au XXIème siècle ». Le territoire, dit- il, phénomène mondial redevient objet essentiel d’intérêt en ce qu’il est « lieu de redéploiement des stratégies de développement  dans les chaines mondiales de production comme il est le lieu des ruptures et des décrochages sociaux ».Il en appelle ainsi au déploiement de l’intelligence territoriale qui permettrait de « réencastrer l’économie » dans la vie sociale.

Un premier pas dans ce sens : la création du Musée dans la ville et l’université internationale de Dakhla crée par Driss Guerraoui, président du conseil de la concurrence . Comme  l’attestent les intervenants experts chercheurs et représentants institutionnels venus du monde entier ,  cette université ouverte  connait un succès à l’échelle internationale. Elle vient de recevoir l’accord pour l’accréditation d’un master d’intelligence économique et prospectif des territoires organisé avec l’ENSG de Dakhla . Cet enseignement, selon ses initiateurs, constituera un pôle d’excellence à même de renforcer les capacités des régions du Maghreb, d’Afrique et des autres régions du monde. C’est peu dire en effet que la mise en œuvre d’une nouvelle trajectoire géopolitique Nord-Sud lancée par le Maroc, reliera Tanger à Lagos et autres capitales africaines.