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Un marché pour la lecture digitale: utopie ou prochaine étape de l’évolution ?

Par Nadia El Hachimi

Tantôt fer de lance d’une nouvelle ère, tantôt grande destructrice de l’édition papier, l’édition numérique semble être l’une des rares gagnantes de la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, les éditeurs et les plateformes dans le monde multipliant les actions pour préserver le lien des lecteurs avec le livre.

La fermeture des librairies et la difficulté à s’approvisionner en livres physiques durant les nombreux confinement qu’a connu la planète pour lutter contre la propagation de la Covid-19, sont autant de facteurs ayant favorisé la sortie de l’ebook de la marginalité, offrant ainsi une opportunité pour l’essor de ce format, qui ne cesse de gagner en popularité depuis l’apparition en 2007 de la première liseuse (Kindle by Amazon).

De l’avis de Sami Abdelmounaime, cofondateur des éditions Le Manifeste, une startup marocaine dédiée au livre numérique, les différentes périodes de confinement ont favorisé les technologies numériques. « L’essor des technologies de l’information et de la communication a touché presque tous les secteurs de la vie et celui de l’édition n’est pas en reste« , a-t-il indiqué dans un entretien accordé à la MAP, affirmant que l’édition numérique est devenue une réalité dans plusieurs pays arabes et africains.

En Afrique, plusieurs éditeurs se sont lancés dans l’édition numérique et ce depuis 2005, comme le Madagascar avec les éditions Jeunes Malgaches, le Togo avec les éditions AGO Média, le Cameroun avec les Presses universitaires d’Afrique ou encore au Sénégal avec la Nouvelle Edition Numérique Africaine (NENA).

S’agissant de l’édition numérique dans le Royaume, l’expert a estimé que le Maroc présente un environnement propice pour le développement de la lecture numérique à la faveur d’un fort taux de pénétration d’internet et de la technologie mobile, le développement de l’e-commerce et la présence d’une volonté politique. En dépit du fait que l’essentiel de la production éditoriale marocaine est réalisée et diffusée en format papier.

→ Lire aussi : “Figures de la presse marocaine”, une nouvelle parution de la MAP

Selon les données de la Fondation du Roi Abdul Aziz Al-Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines, 112 revues numériques ont été éditées au cours de l’année 2018-2019 au Maroc, dont 88 en langue arabe contre 24 pour le français, s’y ajoutent, 745 ebooks dont 439 en arabe et 255 en français.

À en croire M. Abdelmounaime, il y a une réelle prise de conscience au Royaume quant à la nécessité de développer une offre numérique dans le secteur de l’édition, laquelle prise de conscience a été concrétisée par un rapport très détaillé du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) publié en 2019 sous le titre « Promouvoir la lecture, urgence et nécessité« .

Ce rapport a mis l’accent sur le fait que « la révolution numérique et le développement connectés ont profondément changé l’accès à l’information et au savoir ainsi que la communication. Ces outils sont d’un usage simple, peu coûteux et largement adoptés et diffusés au sein de la population« , a-t-il argumenté.

Malgré ce contexte favorable, le cofondateur des éditions Le Manifeste n’a pas manqué de mettre en avant « la méfiance » des intervenants de la chaîne du livre vis-à-vis du numérique, notamment en raison du « peu de ventes des ebooks, de la crainte du piratage, de l’absence d’une stratégie claire et unifiée ainsi que l’absence de partenariats entre les différents acteurs du secteur« .

Mais cela n’entrave pas son optimiste, puisque M. Abdelmounaime a estimé que l’édition numérique vient compléter l’offre des éditeurs classiques et que la démarche du digital « n’est pas concurrentielle, mais complémentaire« .

En vue de consolider cette complémentarité, il a souligné la nécessité de mettre en place de partenariats pour créer « une synergie avec les éditeurs du livre, donner une deuxième vie à des œuvres éditées au début de l’activité des éditeurs papier » et enfin encourager la lecture sur les supports connectés.

En ces temps de pandémie sanitaire, l’intérêt pour l’édition numérique n’est pas l’apanage exclusif des maisons d’édition en ce sens que de plus en plus d’auteurs, novices et confirmés, s’y intéressent. Pour la blogueuse culturelle, Imane Benzarouel, l’édition numérique est le prolongement naturel de sa consœur papier.

« Le choix de la diffusion électronique est largement motivé par l’accélération de la connectivité et de la digitalisation dans le contexte de pandémie« , a assuré l’auteure de « C comme confinement » un ouvrage 100% électronique paru aux éditions Le Manifeste et décrivant la crise de la Covid-19, qui a changé des milliards de vies et chamboulé autant d’habitudes.

Entre scepticisme et engouement, le développement du livre numérique semble avoir été accéléré par la crise sanitaire liée à la Covid-19. Assiste-t-on pour autant à la prochaine étape de l’évolution, où s’agit-il d’un intérêt passager qui prendra fin dès le retour de la vie normale ? Une question à méditer….

( Avec MAP )

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