Veille économique en 2020: Le solide rempart face à la crise

veille économique

Si la crise du nouveau coronavirus (covid-19) a semé une terreur inédite dans l’ensemble des secteurs, la veille économique au Maroc a constitué durant l’année 2020 un solide rempart face à un chaos économique et social.

Il a fallu, en effet, que quelques jours après la détection du premier cas atteint de ce virus (le 02 mars dernier) pour créer tout un Comité de veille économique (CVE) avec comme mission l’anticipation des répercussions de cette crise sanitaire sur l’économie nationale.

Composé de huit membres du gouvernement, de Bank Al-Maghrib, du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et de la Fédération des chambres du commerce, de l’industrie et des services et celle des chambres de l’artisanat, ce comité a mené un suivi minutieux et rigoureux de l’évolution de la situation économique en vue d’identifier les mesures appropriées en termes d’accompagnement des secteurs touchés par cette crise.

Le 16 mars 2020, le CVE a tenu sa toute première réunion où un plan d’action de 3 mois a été lancé, annonçant plusieurs mesures, dont la suspension du paiement des charges sociales (cotisation CNSS) et la mise en place d’un moratoire pour le remboursement des crédits bancaires au profit des entreprises.

L’objectif était clair: Accompagner les entreprises et prendre en considération l’impact du ralentissement de l’activité économique sur les citoyens, les salariés et les ouvriers.


Pour sa deuxième réunion (19 mars), le CVE a enchaîné par une nouvelle vague de mesures sociales en faveur des salariés en arrêt d’activité et économiques pour les entreprises, particulièrement les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME). Des mesures concrètes et rassurantes quant à l’appui étatique face à une crise que tout le monde espérait sa dissipation bien avant la fin du mois de juin dernier. Il s’agissait, entre autres, de l’indemnité forfaitaire mensuelle de 2.000 dirhams net, du report du remboursement des échéances des crédits bancaires (crédit consommation et crédit acquéreur), de la suspension du paiement des charges sociales jusqu’au 30 juin.

Le Comité avait également prévu la mise en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et pour le remboursement des échéances des leasings jusqu’au 30 juin 2020 sans paiement de frais ni de pénalités, outre l’activation d’une ligne supplémentaire de crédit de fonctionnement octroyée par les banques et garantie par la Caisse centrale de garantie (CCG).

Côté fiscal, les entreprises dont le chiffre d’affaires de l’exercice 2019 est inférieur à 20 millions de dirhams (MDH) avaient la possibilité de bénéficier d’un report du dépôt des déclarations fiscales jusqu’au 30 juin 2020. A cette date, la Direction Générale des Impôts (DGI) avait aussi prorogé les échéances de paiement de l’Impôt sur les société (IS) et de l’Impôt sur le revenu (IR) professionnel pour une partie des entreprises qui ne pouvaient s’acquitter en raison des difficultés de trésorerie.

Accès au financement: Les mécanismes de garantie à la rescousse


La facilitation de l’accès au financement aux entreprises frappées de plein fouet par une crise asphyxiante a été un souci majeur pour le CVE qui avait prévu une panoplie à cet effet. En témoigne la mise en place, vers la fin du mois de mars 2020, d’un nouveau mécanisme de garantie “Damane Oxygene” auprès de la Caisse Centrale de Garantie (CCG).

Mobiliser les ressources de financement en faveur des entreprises dont la trésorerie s’est dégradée à cause de la baisse de leur activité, tel a été l’objectif de ce produit de garantie qui couvre 95% du montant du crédit et permet ainsi aux banques de mettre en place rapidement des découverts exceptionnels pour financer le besoin en fonds de roulement des entreprises cibles.

Près de trois mois plus tard, la CCG revient avec deux nouveaux mécanismes de garantie, “Relance TPE” et “Damane Relance”, lesquels visent à relancer l’activité des entreprises à travers la garantie des crédits destinés à financer leurs besoins en fonds de roulement, remboursables sur une durée de 7 ans, avec 2 ans de différé.

Mieux encore, le comité avait décidé, en octobre dernier, de lancer une nouvelle variante du produit “Damane Relance”, spécifique aux entreprises de promotion immobilière qui ont été sévèrement touchées par la crise du covid-19.


Le crédit garanti par ce produit, qui a pour but d’accompagner cette catégorie d’entreprises via des garanties de crédits de moyen et long terme destinés à couvrir les besoins de financement pour l’achèvement de leurs projets immobiliers, est plafonné à 50 millions de dirhams par projet et ouvert aussi bien aux projets ayant déjà bénéficié d’un crédit de promotion immobilière qu’à ceux ayant fait appel uniquement à de l’autofinancement.

Pensée à l’informel …

En cette période de crise sans précédent, la veille économique a permis également de jeter la lumière sur un secteur qui est souvent à l’emprise de l’ombre de par sa nature. L’informel a ainsi bénéficié, pour sa part, de mesures d’accompagnement.

Les ménages opérant dans l’informel, qui n’avaient plus de revenus du fait du confinement obligatoire, avait bénéficié d’une aide de subsistance servie par le Fonds spécial pour la gestion du Covid-19 (800 DH pour les ménages de deux personnes ou moins, 1.000 DH pour ceux de trois à quatre personnes et 1.200 DH pour plus de quatre personnes).


Au 20 avril 2020 (date de la cinquième réunion de travail du CVE), la distribution de ces aides financières avait permis de servir plus de 200.000 ménages ramédistes éligibles par jour. Un rythme soutenu dû à une opération nationale de grande ampleur que ça soit en milieu rural ou urbain.

Cette réunion a été aussi l’occasion pour décider des mesures additionnelles, dont la mise en place d’un crédit à taux zéro pour les autoentrepreneurs impactés par la crise du Covid-19, le traitement comptable dérogatoire pour étaler les dons et les charges relatives à la période de l’Etat d’urgence sanitaire, sur 5 ans, l’extension du bénéfice de “Damane Oxygène” aux entreprises opérant dans l’immobilier, outre l’assouplissement des procédures de déclaration des salariés affiliés à la CNSS en arrêt provisoire.

Place à la relance de l’économie

Au début du mois d’août, les discussions autour du redémarrage de l’activité économique battaient leur plein. Une neuvième réunion du CVE a été marquée par la signature du Pacte pour la relance économique et l’emploi, ainsi que d’un Contrat-programme 2020-2022 pour la relance du tourisme.


Ce pacte a formalisé l’engagement commun et partagé par l’Etat et le secteur privé, représenté par la CGEM et le GPBM, avec comme objectif de relancer la dynamique économique, de sauvegarder la promotion de l’emploi, de préserver la santé des travailleurs et de promouvoir la bonne gouvernance.

Pour ce qui est du contrat-programme sur le tourisme, il a été conçu pour donner une impulsion forte au secteur et d’insuffler une nouvelle dynamique pour accompagner sa relance, sa transformation et la diversification de sa chaîne de valeur.

( Avec MAP )