“Je ne m’excuse pas d’être noir, aucun blanc n’est mon ennemi” (Fodé Sylla)

“Je ne revendique pas une couleur, je revendique la justice”, écrit l’ambassadeur itinérant du Sénégal, Fodé Sylla, pour qui la justice doit “réparer les inégalités et les discriminations”, et “punir le racisme en opinion et en action”.

Dans une tribune fustigeant toute forme de racisme et s’élevant contre l’omission des grands combats pour l’égalité menés sans distinction de couleur, cet ancien président de SOS-racisme dit qu’il ne s’excuse pas d’être noir, et ne demande à personne de s’excuser de la couleur de leur peau. “La justice, tranche-t-il, n’est ni la vengeance, ni la revanche”.

Un conseil municipal peut décider de débaptiser des noms de rues, admet Fodé Sylla dans cette tribune parvenue à la MAP, mais il dit préférer surtout voir s’élever des statues et des noms de rues plus nombreux en hommage à Mandela, Angela Davis, Manu Dibango, plutôt que voir détruits les symboles, car “détruire est l’œuvre de l’ignorant”.

“Ce qui m’insupporte au-delà de tout, s’indigne l’auteur, c’est d’oublier ou d’effacer des tablettes de l’histoire le fait que tous les grands combats pour l’égalité ont été portés ensemble, noirs et blancs : depuis les compagnons de Mandela, de Martin Luther King, parmi les Trois de Mexico”.


Remplacer un racisme par un autre, n’est pas une victoire, assène l’ancien député européen et membre du CESE. “C’est le même cancer, qui frappe d’autres personnes”.

M. Sylla rappelle à toute une génération qu’elle est “l’héritière d’une longue et forte tradition : celle la philosophie des Lumières”. Elles n’ont, bien sûr, pas éclairé tout le monde et en même temps. Elles comportent des zones d’ombre. Mais elles ont combattu pour des valeurs que nous devons continuer à défendre : tolérance, liberté et égalité.

Une génération ne doit pas être entraînée dans une impasse, souligne M. Sylla. “Nous devons l’aider à ne pas avoir peur et à garder l’espoir”.

Pour lui, la liberté est belle quand on n’assigne pas les personnes dans des cases ou dans une couleur. La liberté, c’est aussi être indifférent aux classifications, c’est être indifférent à la différence. Le devoir des individus libres, dit-il, est de “prolonger la liberté”, et “protéger les générations futures du +grand enfermement+ de la pensée unique et intolérante”.


Si différents combats nous ont inspiré par leurs valeurs et leurs intentions on serait “dans le déni même de l’histoire en se comparant avec une population qui vivait il y a encore 60 ans dans des régimes politiques où le racisme était institutionnalisé”, estime M. Sylla.

“Nos références à nous sont universelles, elles ne sont d’aucun pays ou d’aucune couleur. C’est notre combat”, tranche-t-il.

“Le fait d’être noir ne me rend pas meilleur ou pire. Je rejette les pré-jugés, je me méfie des post-jugés. Je déteste la classification raciale. Tout mon amour va au combat pour l’égalité et la liberté”, conclut la tribune.