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Madame Nour El Houda MARRAKCHI, Ambassadeur du Maroc en Croatie « Selon les responsables croates, le géographe marocain Acharif al -Idrissi a été le premier à avoir dessiné les côtes croates »

Réalisé par Souad Mekkaoui

 Le Maroc et la Croatie sont deux pays amis qui entretiennent d’excellentes relations qui remontent au XVIIIe siècle. Ces relations séculaires se sont encore renforcées quelques mois seulement après la restauration de l’indépendance et la reconnaissance par le Royaume de la République de Croatie, le 27 avril 1992 et l’établissement officiel des relations diplomatiques, le 26 juin 1992. Ainsi l’ambassade de Croatie à Rabat a été ouverte en 1996 et depuis 2013, le Maroc a également son ambassade à Zaghreb.

Aujourd’hui, le Maroc est désormais un partenaire stratégique pour la Croatie bien que les flux des échanges économiques et commerciaux ne soient pas à l’image de la qualité des relations culturelles, historiques et politiques liant les deux peuples et qui sont au beau fixe. En effet, les deux pays partagent les mêmes valeurs et les liens connaissent une forte dynamique positive. Cela se traduit, d’ailleurs, par plusieurs conventions de coopération couvrant des secteurs vitaux comme la santé, le tourisme, la formation et la défense.

Par ailleurs, la Croatie soutient énormément le Maroc en ce qui concerne sa politique à l’étranger, notamment au sein du Parlement et de l’Union européenne. Toutes les initiatives concernant le Royaume et plus particulièrement la question du Sahara sont appuyées par la Croatie, preuve en est le vote des parlementaires croates au Parlement européen en faveur de l’accord agricole entre le Maroc et l’Union européenne. La Croatie, pour ainsi dire, en tant que membre de l’UE, œuvre à consolider le partenariat entre le Royaume et l’Union européenne pour faire face aux défis communs à savoir l’immigration, l’extrémisme, le terrorisme, l’insécurité et l’instabilité.

Dans cet entretien exclusif avec Madame Nour El Houda Marrakchi, Ambassadeur du Maroc en Croatie, nous parlerons de la qualité et de la profondeur des relations bilatérales croato-marocaines, nous aborderons  des questions régionales et internationales d’intérêt commun entre les deux pays, sans oublier le potentiel et les possibilités de développement de la coopération bilatérale et surtout économique et des moyens de donner une nouvelle impulsion aux relations de coopération entre les deux pays.

  MAROC DIPLOMATIQUE : Madame l’ambassadeur, vous représentez la diplomatie marocaine en République de Croatie, depuis novembre 2016, et contribuez à consolider les relations diplomatiques, économiques et commerciales avec ce pays. Comment se portent, aujourd’hui, les liens humains entre le Royaume et la Croatie ?

SEM Nour El Houda MARRAKCHI : Au niveau des liens humains, j’ai pu constater à maintes reprises l’engouement des Croates pour notre pays, nombre d’entre eux s’y étant déjà rendus ou prévoyant de s’y rendre. Le seul fait de faire référence à notre pays suscite un certain intérêt voire une admiration parmi certains citoyens. Cet intérêt est d’ailleurs réciproque, les Marocains étant de plus en plus curieux de visiter ce pays qui, depuis quelques années, ne cesse de grimper les échelons des destinations touristiques les plus prisées dans le monde.

Il faut dire que les relations entre la Croatie et le Maroc sont multi centenaires ; la première représentation diplomatique croate au Royaume remonte au XVIIIe siècle, avec l’établissement d’un consulat à Tanger de la République de Raguse à l’époque, devenue aujourd’hui la ville de Dubrovnik.

Le Géographe marocain Acharif Al-Idrissi y est aussi peut-être pour quelque chose. Selon les responsables croates, le géographe marocain a été le premier à avoir dessiné les côtes croates.

L’excellence des liens humains se reflète également à travers le nombre croissant de touristes dans les deux sens en dépit de l’absence de vols directs entre nos deux pays.

L’intérêt des Croates pour le Maroc concerne aussi la culture, la musique et tout particulièrement la richesse de la gastronomie de notre pays. En effet, l’Ambassade l’a systématiquement constaté lors de différentes manifestations organisées dans le pays.

Enfin, j’ai pu remarquer de nombreux points communs entre nos deux sociétés, par exemple l’importance de la famille et de l’entraide. L’engagement des grands-parents dans l’éducation et la garde des enfants est un très bon exemple. La solidarité spontanée et générale qui a suivi le tremblement de terre du 29 décembre dernier en est un autre.

 MD : Concrètement, quelle lecture faites-vous de la coopération économique et commerciale entre les deux pays ? Est-elle à l’image des relations d’amitié liant les deux peuples ?

– N.E.M :  Il est vrai que la coopération économique entre le Maroc et la Croatie ne reflète ni le niveau des relations politiques, ni les opportunités existantes entre les deux pays. Les échanges commerciaux ne sont pas encore au niveau souhaité, mais la coopération économique est dans une dynamique positive, particulièrement depuis l’adhésion de la République de Croatie à l’UE en 2013, eu égard aux relations privilégiées du Royaume du Maroc avec l’Union européenne.

Plusieurs entreprises croates, leaders dans leurs domaines, ont contribué à de grands projets marocains dans les secteurs de l’énergie renouvelable, du BTP et de l’industrie ferroviaire.

De plus, depuis quelques années, le commerce bilatéral connaît une certaine diversification des produits échangés, qui s’est traduite par une hausse notable des exportations marocaines vers la Croatie, notamment celles des voitures de tourisme, des engrais naturels et chimiques et des produits de la pêche.

D’autres secteurs font, actuellement, l’objet de rapprochement entre les deux pays pour de nouveaux partenariats, notamment dans l’Industrie de la défense, de l’énergie renouvelable et la construction navale.

Le tourisme est le secteur de coopération économique pour lequel le Maroc et la Croatie gagneraient à développer des partenariats, échanger les expertises et faire valoir les expériences respectives. En effet, il existe un intérêt commun et un réel potentiel de part et d’autre. Quoiqu’en constante progression, le nombre de visiteurs de touristes de part et d’autre reste limité.

 MD : Le Royaume du Maroc a reconnu la République de Croatie le 27 avril 1992 et leurs relations diplomatiques ont été officiellement établies le 26 juin 1992. L’ambassade de Croatie à Rabat a été ouverte en 1996. Depuis 2013, le Maroc a également son ambassade à Zagreb. Aujourd’hui, la Croatie, qui a toujours soutenu le Maroc en ce qui concerne sa politique à l’étranger, voit dans le Royaume un partenaire stratégique. Qu’en est-il de sa position quant à la question du Sahara qui constitue notre première cause nationale ?

– N.E.M : La Croatie considère le Maroc comme un partenaire stratégique dans la zone méditerranéenne et Nord-africaine. Elle qualifie notre pays de partenaire le plus rapproché de l’ensemble européen et agit pour la préservation et la consolidation de ce partenariat. Les réformes engagées sous l’égide de Sa Majesté le Roi, ont toujours été saluées par les institutions croates, qui adoptent des positions constructives et soutiennent de manière permanente les positions du Maroc dans les instances régionales et internationales.

S’agissant de notre cause nationale, la Croatie observe une position qui transcende la neutralité classique. En effet, elle soutient la recherche d’une solution négociée et mutuellement acceptable dans le cadre des Nations unies et rejette toute ingérence extérieure ou pression exercée par une tierce partie dans la recherche de cette solution. Elle considère, à cet égard, le plan d’autonomie présenté par le Royaume comme étant une solution juste et crédible.

Au sein du Conseil de l’UE, le gouvernement croate n’a jamais pris une position qui aille à l’encontre des intérêts de notre pays.  La Croatie avait notamment fait preuve de son soutien aux intérêts marocains lors du processus d’amendement de l’Accord d’association et de l’adoption du Nouvel Accord dans le domaine de la pêche durable entre l’UE et le Maroc.

De même, les eurodéputés croates ont toujours fait montre d’une compréhension des préoccupations du Royaume au sein du Parlement européen. De fait, tous les votes des 11 eurodéputés croates, issus de tendances politiques très diverses, avaient été en faveur des accords.

Très récemment, le ministre des Affaires étrangères et européennes croate a salué l’engagement du Maroc en faveur du cessez-le-feu ainsi que la liberté du mouvement civil et commercial à travers El Guerguerat et a appelé à la poursuite du processus politique sous les auspices de l’ONU.

A cet égard, il importe de souligner, à juste titre, le rôle de la Croatie sur la scène internationale dans la promotion de la paix et de la sécurité.

  MD : Quel bilan faites-vous de ces années passées en Croatie sachant que vous êtes le deuxième ambassadeur dans ce pays, depuis l’inauguration de l’ambassade du Royaume en avril 2013 ? Pouvez-vous nous parler des progrès réalisés, des défis à relever ? Quelles sont vos attentes pour les années à venir ? 

– N.E.M : La Croatie considère le Maroc comme un partenaire privilégié et stratégique au Sud de la Méditerranée et le Maroc considère la Croatie comme un pilier de ses liens avec les pays des Balkans. Les liens se sont consolidés grâce à la régularité des rencontres de haut niveau entre responsables ministériels et autres, autant dans un cadre bilatéral que dans les foras internationaux.

De mon côté, il s’agissait d’apporter un nouveau jalon à notre relation bilatérale, l’impulser et l’élargir vers d’autres domaines d’intérêt commun. Il va sans dire que j’ai capitalisé sur le travail effectué par mon prédécesseur, pour compléter notamment la mise en place du cadre juridique, permettant ainsi le renforcement dans de nouveaux champs de coopération.

C’est dans ce cadre que l’Ambassade a initié une visite officielle au Maroc de Mme Marija Pejcinovic-Buric, Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et européennes, en février 2019. La rencontre avec Monsieur Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a donc permis la tenue de consultations politiques ainsi que la signature de quatre Accords.

Les discussions ont permis de réitérer l’importance qu’accordent respectivement le Maroc et la Croatie à leur coopération bilatérale en renouvelant leur engagement pour donner plus de régularité au Dialogue politique, l’élargir à tous les domaines stratégiques et renforcer la connaissance mutuelle des priorités diplomatiques.

Les quatre nouveaux accords signés traduisent cette nouvelle dimension des relations bilatérales : un Mémorandum d’entente de Partenariat à long terme entre les deux ministères des Affaires étrangères, un Accord de Coopération militaire et technique, un Accord de Coopération en matière de Tourisme et un Mémorandum de Coopération en matière de Santé.

Le Mémorandum relatif au partenariat global à long terme a instauré une coopération dans les domaines politique, parlementaire, économique, culturel et social, a rehaussé le cadre des consultations politiques notamment en instaurant un dialogue politique régulier au niveau gouvernemental et entre les parlements respectifs et les acteurs de la société civile ; de même il vise à mettre en place les moyens pour favoriser le partenariat économique entre nos deux pays.

S’agissant de l’Accord de coopération militaire et technique, l’Approbation royale pour sa signature illustre l’importance accordée par notre pays au renforcement de sa relation avec la Croatie, comme l’a souligné Monsieur le ministre, lors de ses entretiens à Rabat avec son homologue croate.

Pour celui du Tourisme, il incarne la volonté de part et d’autre de partager les expériences dans ce domaine qui représente un secteur important pour les économies des deux pays.

La signature de l’Accord dans le domaine de la Santé intervient dans l’objectif de partager les expériences dans la santé maternelle et de l’enfant.

L’objectif de renforcement des relations bilatérales a également fait l’objet d’organisation par l’Ambassade d’événements pour la promotion du Maroc sur les plans politique, économique, touristique et culturel. De même que nous avons veillé à contribuer activement à des activités phares en Croatie.

L’ambassade a de même mis en place un plan d’action qui sert à la mise en œuvre des différents projets programmés suite à la réflexion engagée par l’Ambassade et également les recommandations émanant des rencontres de haut niveau. Les défis qui restent à relever sont le développement d’intérêts stratégiques entre les deux économies qui permettraient de créer une dynamique spontanée et soutenue.

 La qualité et la profondeur des relations bilatérales appellent à consolider davantage les relations politiques et économiques entre les deux pays. A votre avis, comment le Royaume peut-il renforcer encore plus la coopération maroco-croate ?

– N.E.M : La coopération du Royaume avec la Croatie pourrait être renforcée par un calendrier de rencontres et d’événements plus soutenus, avec des échéances régulières permettant de faire un état des lieux de l’avancement des projets en cours.

La coopération parlementaire gagnerait également à être renforcée afin de maintenir une dynamique constante des relations. Le groupe d’amitié interparlementaire a déjà joué un rôle positif dans la défense des intérêts marocains.

Le secteur du tourisme peut constituer un cadre de coopération bilatéral fructueux, notamment par l’échange d’expertises et d’expériences entre les deux pays, eu égard, d’une part, à la longue tradition touristique du Maroc et à son engagement de faire du tourisme un moteur de développement économique, social et culturel et, d’autre part, à la notoriété du secteur touristique croate qui a réussi à se hisser aux premiers rangs, devenant l’une des destinations les plus en vogue au sein du pourtour méditerranéen.

Justement, cette Ambassade, dans un but d’encourager la coopération touristique, a initié la signature de l’accord de coopération touristique entre les deux pays, lequel a été conclu en 2019

Cependant, la connectivité aérienne avec la mise en place des vols directs, reste primordiale, car elle faciliterait la venue de touristes croates au Maroc et de touristes marocains en Croatie et permettrait de développer davantage les flux touristiques entre les deux pays. Dans le même contexte, l’Ambassade contribue régulièrement à la promotion de la destination marocaine, par sa participation aux événements touristiques en partenariat avec les agences concernées ou en parallèle d’événements à caractère culturel.

   Il y a quelque temps, une importante délégation d’hommes d’affaires et d’opérateurs économiques du secteur des énergies renouvelables et de l’industrie militaire avait effectué une visite de travail dans le Royaume, dans le but de promouvoir le commerce et les investissements entre le Maroc et la Croatie. Qu’en est-il depuis ?

– N.E.M : Il est important de noter que la délégation d’hommes d’affaires et d’opérateurs économiques a accompagné la ministre croate des Affaires étrangères et européennes lors de sa visite officielle au Maroc en février 2019.

Durant cette visite, la délégation économique s’est réunie à Rabat et à Casablanca avec des acteurs économiques importants du Public et du privé, réunions qui ont permis de progresser dans l’identification des secteurs économiques d’intérêt et des opportunités entre les deux pays.

Des visites ont également été organisées au profit de la délégation notamment au Port «Tanger Med» et à Automotive city. Les visites sur le terrain ont permis à la partie croate de se rendre compte du réel potentiel de faire des affaires avec le Royaume, eu égard aux énormes réalisations de notre pays en matière de développement économique et d’infrastructures.

Cette visite a permis de créer des contacts entre les acteurs économiques dans de nouveaux secteurs d’intérêt qui ont un potentiel de développement d’une coopération bilatérale. Il est à noter que cette ambassade a enchaîné, en partenariat avec la Chambre économique croate, pour programmer la tenue d’un Forum économique maroco-croate en marge de la Présidence croate du Conseil de l’UE.

La survenue de la pandémie a cependant freiné l’élan, de part et d’autre, et le Forum économique maroco-croate promettant de nouvelles rencontres, sera organisé dès la reprise des activités.

  Quels atouts et opportunités économiques la Croatie offre-t-elle aux opérateurs étrangers et quels sont les secteurs présentant un important potentiel de coopération fructueuse ?

–  N.E.M : Depuis son accession à l’UE, la République de Croatie bénéficie d’un cadre juridique avantageux pour le développement de son commerce extérieur. Les relations avec le Maroc sont notamment régies par l’Accord d’association Maroc-UE.

Bien qu’ayant derrière elle une histoire industrielle remarquable (notamment dans les secteurs de la pétrochimie et de la construction navale), l’industrie croate a été fortement endommagée par la guerre d’indépendance dans les années 90, par le processus de privatisation qui s’en est suivi ainsi que par la récession de 2008.

L’industrie a ainsi décliné, depuis 1995, et sa part dans le PIB a baissé d’environ 24% représentant 20,35% du PIB actuellement.

Si l’on s’intéresse à l’industrie automobile, environ 90% des revenus de l’industrie automobile sont générés par les exportations de pièces automobiles et des logiciels et représentent 1,8% des exportations croates. La Croatie produit également des voitures électriques avec notamment la société Rimac Automobili qui a construit la voiture électrique la plus rapide au monde.

Le secteur des services, qui représentait en 2018 environ 59% du PIB, était en pleine expansion avant la crise du Covid-19, principalement grâce au tourisme (23,9% du PIB en 2019 et 10,54 milliards d’euros de recettes) et mettait à la disposition des investisseurs un nombre conséquent de projets : ports, marina, hôtels, aqua-parcs… Cette progression désormais en suspens depuis 2020 dépendra de l’évolution de la situation sanitaire au niveau mondial.

La Croatie possède également un fort potentiel dans le domaine du numérique. En 2018, l’industrie informatique croate représentait 4,9% du PIB (2019) et affichait une excellente dynamique de croissance. Elle est considérée par beaucoup comme le fleuron de l’économie croate. Par contre, l’agriculture croate a connu une chute importante, passant de 5,7% du PIB en 1995 à 2,85% en 2018.

Avec le lancement du Pacte vert, en décembre 2019, par la Commission européenne, la Croatie qui possède un potentiel inexploité ou sous-exploité de sources d’énergies renouvelables, notamment le solaire, va être encouragée voire contrainte par les nouvelles politiques de l’UE d’accélérer sa transition écologique. Le pays va ainsi devoir se tourner vers de nouvelles solutions plus durables dans un grand nombre de domaines, allant de la construction à l’industrie en passant par la production d’énergie électrique.

L’industrie chimique et pharmaceutique, les nouvelles technologies de l’information, les énergies renouvelables et l’industrie automobile sont des secteurs en pleine expansion, à la fois, au Maroc comme en Croatie et peuvent ainsi constituer une formidable niche d’opportunités pour les entreprises des deux pays qui pourraient mettre à profit leurs expertises avancées respectives dans ces domaines.

 MD : Et si on parlait un peu des questions régionales et internationales d’intérêt commun, notamment la coopération en Afrique et dans l’espace euro-méditerranéen ?

– N.E.M : Lors de mes différents contacts avec les hauts responsables croates, j’ai pu relever la convergence des positions des deux pays concernant ces sujets d’intérêt commun qui touchent principalement la zone de la Méditerranée ainsi que leur appréciation du rôle du Maroc sur la scène internationale concernant ces questions.

Il s’agit notamment de la migration, la lutte contre le terrorisme, le défi du réchauffement climatique, le développement durable, les Droits de l’Homme, le désarmement, les opérations de maintien de la paix et la résolution pacifique des conflits.

À l’occasion d’une rencontre de haut niveau, les deux Ministres des Affaires étrangères ont plaidé pour un multilatéralisme agissant et solidaire, tout en convenant du renforcement de la collaboration entre nos deux pays au sein des instances internationales.

Ils se sont accordés sur l’importance stratégique de l’Afrique et de son potentiel économique et du rôle pivot que peut jouer l’Europe, dans le cadre d’une coopération Nord-Sud renouvelée et ont exprimé leur engagement respectif en faveur d’une action de développement durable et pluridimensionnel.

À cet égard, le Maroc apprécie la contribution croate au sein de l’UE pour soutenir la paix et la sécurité en Afrique, notamment son appui à l’action de la force G5 au Sahel avec des fonds alloués dans le cadre de l’assistance financière apportée par l’UE et la communauté internationale à cette structure.

Les deux ministres se sont engagés également à donner un nouvel élan au niveau du dialogue bilatéral politique en vue de répondre aux besoins de la stabilité et de la paix régionale et internationale comme au niveau du dialogue bi-régional à l’instar de l’Union européenne-Union africaine et UE-Ligue arabe et au sein de l’Union pour la Méditerranée.

  MD : La reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur son Sahara est un tournant décisif dans le dossier du Sahara marocain. Quelle en est votre analyse ?

– N.E.M : La promulgation d’un décret présidentiel, le 10 décembre 2020, portant sur la reconnaissance des États-Unis de la souveraineté du Royaume du Maroc sur l’ensemble de la région du Sahara marocain ; ainsi que l’appui clair à la proposition marocaine d’autonomie comme unique base d’un règlement juste et durable du différend régional autour du Sahara constitue effectivement un tournant décisif à plusieurs égards.

Cette décision est stratégique de par l’importance des États-Unis qui est la première puissance mondiale et un Membre permanent du Conseil de Sécurité.

Elle est historique car elle va permettre de réaliser une avancée concrète dans la résolution de ce différend qui n’a que trop duré, pour instaurer la paix et la sécurité dans toute la région.

Elle s’inscrit dans une dynamique internationale actuelle en faveur du plan d’autonomie marocain et devrait permettre à d’autres pays de la région, notamment l’Europe dans son ensemble, d’être plus affirmatifs dans leur soutien d’une solution dans le cadre de l’autonomie sous souveraineté marocaine, et confirmer ainsi les avancées déjà réalisées y compris avec la signature des Accords avec l’UE.

Cette prise de position est concrète et permet d’ouvrir de nouveaux horizons pour accélérer les énormes efforts de développement réalisés par le Maroc dans les provinces du Sud du Royaume. Avec leur ouverture à Dakhla d’un consulat à vocation économique, dans la même dynamique que 20 autres pays, les États-Unis contribueront au renforcement des investissements dans la région.

Elle constitue le résultat d’un long processus de consultations et de coordination à plusieurs niveaux autant sur le plan bilatéral que dans un cadre multilatéral.

Les relations séculaires du Royaume du Maroc avec les États-Unis ont connu une évolution remarquable depuis l’avènement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, et ont été consolidées, à travers plusieurs administrations américaines et ce dans plusieurs domaines. La conclusion d’un accord de libre-échange, en juin 2004, et sa mise en œuvre réussie ; le renforcement de la Coopération économique bilatérale d’une manière importante grâce à l’octroi au Maroc de deux Compacts successifs, depuis 2005, dans le cadre du Millenium Challenge Corporation pour plus d’un milliard de dollars US. L’inclusion, depuis 2015, d’une ligne financière au profit des provinces du Sud.

Le renforcement du dialogue politique avec les États-Unis par la mise en place d’un dialogue stratégique englobant les domaines politique, sécuritaire économique, culturel et cultuel et la mise en œuvre concrète des objectifs tracés dans le cadre de ce dialogue. Autant de cadres de coopération à travers lesquels d’importants projets stratégiques sont mis en place qui témoignent concrètement de la confiance des États-Unis par rapport à la dynamique tracée par notre pays.

Au niveau multilatéral, il existe une coordination étroite entre nos deux pays sur des questions stratégiques, au service d’un engagement commun en faveur de la paix et de la stabilité régionale et internationale :

Au niveau du Conseil de sécurité, les États-Unis ont toujours joué un rôle positif dans les progrès réalisés concernant la question du Sahara marocain. Toutes les Administrations américaines depuis Bill Clinton ont soutenu l’initiative marocaine d’autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine.

La décision américaine est en phase avec l’évolution du dossier au sein des Nations unies, autant qu’avec les déclarations de nombreux anciens Envoyés onusiens que les dix-sept dernières résolutions du Conseil de sécurité qui ont consacré une doctrine claire, en appelant à une «solution politique réaliste, pragmatique et durable», tout en marquant la prééminence des efforts sérieux et crédibles du Maroc pour sortir le dossier de l’impasse.

C’est une opportunité qui s’offre de nous inscrire dans un positionnement constructif et agissant vers le seul horizon réaliste, juste et durable. Cette position américaine détermine l’orientation du processus politique et donnera une forte impulsion au processus onusien, qui doit avoir pour objectif de parvenir à une solution dans le cadre de la souveraineté marocaine. Elle permettra de consolider la dynamique enclenchée par le Royaume dans le cadre de son processus d’intégration régional, autant dans son environnement euro-méditerranéen que dans son continent africain, pour asseoir la paix et la prospérité dans la région.

  MD : Quelles stratégies adopter pour promouvoir le Made in Morocco en Croatie et élargir l’éventail de notre partenariat bilatéral pour une coopération encore plus dense sur les plans politique, socio-économique et culturel ?

– N.E.M :  La promotion du Made in Morocco passe, en premier, par la valorisation des success stories marocaines tant au niveau politique ou socio-économique ou encore culturel et le rôle des diplomates marocains est de promouvoir ces réalisations et les faire valoir.

Notre pays est un vivier de success stories grâce aux avancées réalisées, depuis vingt années, sous la vision éclairée de Sa Majesté le Roi, que Dieu l’assiste, lesquelles ont mis le Maroc sur la voie de la démocratie, des droits, des libertés et du développement. L’Ambassade a, dans ce contexte, souhaité mettre en exergue certaines de ces success stories qui ne sont pas nécessairement connues dans cette région du monde.

Nous avons organisé une conférence sur l’évolution des Droits de l’Homme, présentée par le Président du Conseil national des droits de l’Homme. Elle a suscité un écho très favorable auprès de l’audience, dont la qualité a permis une interaction ainsi qu’un débat constructif avec les différentes «Ombudswomen» de la République de Croatie.

L’Ambassade a organisé également une Conférence sur les Droits de la femme au Maroc, laquelle avait pour objectif de faire connaître à la société croate l’évolution positive qu’ont connue les droits de la femme sur les plans législatif et institutionnel ainsi que les réalisations effectives en matière d’égalité homme-femme, consacrée par la nouvelle Constitution de 2011.

Plusieurs présentations-conférences ont été organisées, parmi elles, une conférence au timbre spécial organisée au profit de journalistes croates, intitulée «Le Maroc du 21e Siècle : Réalisations et aspirations», durant laquelle j’ai mis en exergue les principales réformes institutionnelles, législatives, politiques et économiques de notre pays.

De même, dans un pays où la culture est une composante essentielle, le Maroc a été facile à promouvoir auprès de la communauté croate, dont la composante culturelle est omniprésente, à travers la présentation tout simplement du «Maroc», pays qui a su se moderniser tout en préservant le caractère unique et exceptionnel de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharienne-hassani enrichies par ses origines africaine, andalouse, hébraïque et méditerranéenne.

Dans ce sens, depuis quelques années, une tradition a été mise en place par l’Ambassade en vue de renforcer et de rapprocher les deux cultures, à travers l’organisation d’activités culturelles souvent à caractère caritatif auxquelles prennent part différentes composantes de la société croate. Ces événements ont mis en valeur les atouts artistiques, y compris cinématographiques, littéraires et musicaux ainsi que gastronomiques marocains. L’organisation de ces événements a permis de promouvoir le Made in Morocco tout en valorisant la diversité «culturelle marocaine». 

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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