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Sahara : la solution politique ou rien

Le Conseil de Sécurité a prolongé le mandat de la MINURSO au Sahara, réaffirmé l’implication de l’Algérie, exigé la reprise des «tables-rondes» et imposé le recensement des séquestrés de Tindouf

 Comme l’on pouvait s’y attendre, le Conseil de sécurité des Na­tions unies a voté mercredi soir la nouvelle Résolution 2494 sur le Saha­ra, dont la mouture initiale a été rédigée comme à l’accoutumée par les Améri­cains. Comme déjà plus ou moins an­noncé, le même Conseil a décidé de re­conduire la Mission de l’ONU au Sahara et étend la durée de son mandat de six à douze mois. Il rompt en effet avec la mé­thode instituée il y a trois ans des délais de 6 mois que la France, la Grande Bre­tagne et d’autres pays n’ont pas hésité à mettre en cause pour leur courte durée et, on l’a vu, leur inefficacité.

La résolution 2494 a été favorable­ment votée à la quasi unanimité des membres du Conseil de sécurité, soit 13 voix pour et deux abstentions, à savoir la Russie et l’Afrique du sud. Deux abstentions et non deux oppo­sitions , tout comme lors du dernier vote en avril, nous en dit long sur le comportement des deux pays, et notamment le changement tangible qui parcourt celui de l’Afrique du sud, prompte à défendre le polisario dans les débats. « La France se ré­jouit tout particulièrement du retour à un mandat d’un an, qui doit rester la norme en matière de maintien de la paix », a déclaré son représentant après le vote.

 De la même manière, Omar Hi­lale, représentant du Maroc aux Na­tions unies, s’est-il d’emblée félici­té de ce qu’il qualifie de succès et de « majorité écrasante » d’un vote historique.

Le vote du mercredi 30 octobre n’aura pas seulement changé la na­ture du processus de négociations de paix en prolongeant le délai de 6 à 12 mois pour la MINURSO, il incarne en effet un changement de paradigme total, parce que la quasi unanimité des membres du Conseil se sont ainsi exprimés en faveur d’une solution politique et ont re­nouvelé leur soutien aux efforts du secrétaire général de l’ONU dans ce sens. « Ce n’est pas un simple renouvellement technique , mais plus que cela », a affirmé Omar Hi­lale. La résolution 2494 consacre en effet le processus politique initié et mis en oeuvre en décembre 2018 à Genève par Horst Köhler, l’envoyé personnel d’Antonio Guterres, qui a démissionné en mai dernier pour des raisons de maladie et auquel la résolution rend également un hom­mage appuyé. Le processus poli­tique se caractérise par les deux « tables rondes organisées sous son initiative à la fin de l’année dernière et en mars 2016 ayant ré­uni, pour les premières fois dans l’histoire du conflit, le Maroc, l’Al­gérie, la Mauritanie et le polisario. La méthode et l’esprit de ces ren­contres ont à coup sûr satisfait les membres du Conseil à l’unanimité, tant et si bien qu’une partie du texte de la résolution recommande impé­rativement la reprise des rencontres quadripartites de Genève. Or, réaffirmation si besoin, l’Algérie est directement et explicitement désignée comme partie prenante à ce cycle de négociations directes et donc, responsable à laquelle le Conseil de sécurité assigne l’obligation de contribuer au règlement. Elle est associée plus que jamais au processus de règlement qui, en vertu de la teneur du texte de la résolution, invoque de nouveau « une solution poli­tique, réaliste, pragmatique, du­rable et basée sur le compromis ». Elle n’est plus le « pays voisin » ou la « partie intéressée » comme les propagandistes de naguère nous l’assénaient . Elle est plus qu’im­pliquée désormais, la clé d’une solution ou d’une sortie honorable étant entre ses mains. Faut-il rappe­ler que le texte de la résolution in­voque par cinq fois avec insistance l’implication de l’Algérie ?

Sans confusion aucune, les rédac­teurs réaffirment clairement la préé­minence de la résolution déjà votée le 30 avril 2007 – soit il y a treize ans – après que le Maroc eût propo­sé au Conseil de sécurité le projet d’autonomie auquel la communau­té internationale avait apporté son soutien sans ambages. L’Algérie l’avait combattu avec acharnement et s’était même ingéniée à proposer quelques semaines après à l’ONU un « plan » contraire. « La propo­sition de l’autonomie est irréver­sible et irréfragable » a souligné le représentant du Royaume du Maroc à l’ONU. C’est peu dire que notre pays, outre ses propres droits historiques et juridiques, défend ici un principe sacro-saint de la main tendue, de la négociation si l’on veut, mais aussi celui de l’exemplarité en se conformant à la légalité internationale. C’est d’autant plus vrai qu’en soumettant il y a 13 ans au Conseil de sécurité « le Plan d’autonomie », le Roi Mohammed VI a bouleversé les cartes de l’affaire du Sahara et fait preuve de bonne volonté et de cré­dibilité.

Autant dire que le mérite de ce processus mené avec succès revient au Roi Mohammed VI, homme de paix et de conciliation. La Résolu­tion 2494 balise, par ailleurs, la voie au successeur de Horst Köhler. Il mettra à profit à la fois la procédure, les paramètres du dialogue poli­tique et peut-être même la méthode de ce dernier, louée à l’unanimité. De la même manière, les exigences du Maroc seront nécessairement prises en compte, comme aussi les preuves de sa bonne volonté de s’inscrire dans l’esprit des recom­mandations du Conseil. Il s’agit en effet du respect et de la promotion des droits de l’Homme dans nos provinces sahariennes sur lesquels gouvernement algérien et polisario confondus ont cru impunément ta­bler pour s’attaquer à notre pays et à ses institutions. Non seulement le Maroc s’inscrit dans l’esprit de leur respect strict, mais le CNDH et le Conseil régional de Lâayoune et de Dakhla y veillent comme le lait sur le feu. La Résolution 2494 ne manque pas, d’ailleurs, de mettre en exergue leur rôle .

Un dernier point du texte de la Résolution constitue in fine une avancée spectaculaire : l’obligation impérative faite au gouvernement algérien d’ouvrir les portes des camps de Tindouf au Haut com­missariat aux Réfugiés (HCR), dans le cadre du mandat statutaire de ce dernier, pour dénombrer et authentifier les populations sé­questrées derrière les miradors de Tindouf-Lahmada. Depuis le dé­but du conflit du Sahara, en 1975, le gouvernement algérien a opposé une fin de non-recevoir à l’appel de l’ONU et s’est obstiné à dissi­muler, à cacher tout simplement les réalités des camps, faites de souf­frances, de mépris et de répression. La Résolution 2494 change donc la donne et modifie l’un des para­mètres fondamentaux du conflit.

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