Imlil : L’heure est au bilan

Imlil : L’heure est au bilan

Certes, les statistiques maintiennent que le Maroc est parmi les pays les plus sûrs et le grand atout dont le Royaume peut s’enorgueillir est le BCIJ qui fait un excellent travail nous permettant ainsi de vivre dans la stabilité, au moment où d’autres pays limitrophes ont connu des soulèvements et des perturbations déstabilisantes. Mais ne nous laissons pas bercer par de douces chimères et ne nous voilons pas la face : le Maroc n’est plus ce qu’il était surtout depuis 2011.

Le terrorisme est à l’affût et se nourrit de notre « engeance » qu’elle soit dans les villes ou dans les villages les plus éloignés. Aussi faut-il mener une réflexion de fond et sans complexe pour que notre terre ne devienne le terreau fertile du radicalisme et du wahhabisme qui a élu domicile chez nous, depuis quelques années.

Quand l’ignorance s’allie aux réseaux sociaux, quand l’analphabétisme déploie ses ailes ténébreuses sur des personnes fragilisées par l’injustice, le vide spirituel et l’inculture religieuse, quand la pauvreté écrase des classes sociales dépassées par un modèle économique qui n’est pas fait pour notre pays, quand on détruit des écoles pour construire des mosquées où des prédicateurs débitent, à volonté, des prêches haineux, quand face à la montée de l’idéologie extrémiste, Ibnou Taymiyya et consorts deviennent une référence, quand les chaînes satellitaires du Moyen-Orient avec leurs prêcheurs aux fatwas hallucinantes envahissent les foyers au fin fond des campagnes les plus reculées, quand YouTube et WhatsApp sont à portée de main de frustrés amers qui n’attendent rien de la vie et lorgnent le paradis promis et les hourris à outrance, quand on a oublié de s’occuper de « l’Humain » qu’on a emmuré, quand nos jeunes n’ont plus de valeurs ni de repères, quand le népotisme, la corruption et l’impunité gangrènent, quand les partis politiques s’arrachent les opportunités et ne se préoccupent que de leur bien-être au lieu de se pencher sur les vrais problèmes de la société cèdent les commandes aux extrémistes, quand nos écoles fabriquent des jeunes sans aucun esprit critique, des chômeurs désœuvrés, désemparés et frustrés, quand le chaos identitaire et culturel renforce, chaque jour un peu plus, ses pivots, quand le conservatisme religieux se noie dans un islamisme qui instrumentalise la religion dans un discours populiste tissant sa toile d’araignée et prenant dans ses filets une masse aigrie, c’est qu’on ouvre grand les portes au radicalisme et à la violence sous toutes ses formes, c’est qu’on crée des monstres qui pullulent partout et en tout lieu téléguidés par l’idéologie du sang.

Celle-ci même qui a pris le temps de s’engrosser depuis plusieurs décennies alors qu’on a laissé les études islamiques gagner du terrain, dans les universités, au détriment de la philosophie et d’autres sciences, ouvrant ainsi le pays aux pires influences dévastatrices du Wahhabisme venu d’Arabie Saoudite et celles des frères musulmans d’Al Banna. Puis ces chaînes satellitaires du Moyen Orient qui se sont invitées dans nos maisons polluant l’esprit des plus vulnérables avec des leçons de formatage, métamorphosant notre mode de vie, notre façon de penser, notre façon de parler et même notre façon de nous habiller à tel point que certains s’improvisent messagers de Dieu. La dérive s’accentue chaque jour et l’idéologie qui les anime n’est autre que la négation même de la vie, de la nature et de la diversité.

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Pour que tout ne parte en vrille

Quoique Daech n’ait pas revendiqué l’attentat d’Imlil, le spectre de l’esprit terroriste est là, en filigrane et c’est là le grand danger.

Au grand malheur de l’humanité, l’Etat islamique est un attrape-nigaud qui amasse des sectaires et des désespérés –qui n’ont plus rien à perdre- recrutés dans les quatre coins de la planète. Le grand danger c’est qu’ils se répandent comme de mauvaises herbes qui se sont semées à la volée, poussent, se ressèment et se propagent, multipliant ainsi leurs tentacules et les emmêlant à en créer des monstres dévastateurs qui vivent de crime et de sang. Tuer l’hydre de Lerne s’avère relever de l’impossible puisqu’une tête restera, à jamais, immortelle. Les autres, même tranchées se régénèrent et se dédoublent.

La couleur est là, flagrante et criarde, c’est celle de l’échec au niveau des systèmes politiques et diplomatiques mais, avant tout, celui de la société et de l’éducation. Evidemment, quand on met des noms sur ces terroristes, ce sont des gens comme vous et moi, mais quand on met un visage sur ce nom, ce sont des traits de haine et de rage qu’on découvre. Des frustrés et dénigrés à qui on promet monts et merveilles et qui se retrouvent du jour au lendemain, des « anti-héros choisis pour semer la terreur parmi les athées » et « accomplir une purification de la planète ». Vivant dans des ghettos fermés, des cités misérables ou dans les prisons, ils sont mêlés à des radicalistes qui prennent possession de leur « cerveau ».

Ces machines de carnage qui décapitent ou tirent leurs rafales de kalachnikovs sans qu’un brin d’humanité, minime soit-il, ne vibre à l’affreux spectacle qu’ils causent, ne sont pas venus au monde avec des gênes criminels. Mais à voir les vidéos qu’ils trouvent du plaisir à véhiculer, on n’a pas besoin de fournir d’effort pour voir toute la rage, l’intolérance et la rancune qu’ils portent au monde entier et toute la jouissance malveillante qu’ils ressentent à labourer le terrain qu’ils aiment parce qu’ils s’y sentent épanouis, celui de la peur qu’ils sèment en revendiquant ostentatoirement, à chaque fois, leurs carnages et leurs actes lâches.

Ces jeunes, convertis en machines destructrices sont dépouillés de toute faculté de réfléchir. Leur seul capital, en plus de leur agressivité, ce sont ces idéologies d’endoctrinement importées par le biais des réseaux sociaux devenus le canal numéro Un dans la transmission d’idéologies dévastatrices qui vont au-delà des frontières, en abusant aisément de l’ignorance des utilisateurs qui ne prennent conscience du danger qu’une fois embarqués dans une descente aux enfers qu’on leur présente comme un aller simple au paradis.

Il faudrait que la famille, l’école et la société jouent correctement leur rôle dans la construction d’individus s’imprégnant de valeurs morales et humaines et notamment l’amour de l’Autre et l’attachement au pays. Assurons à nos enfants, dès l’enfance, un processus mental qui puisse leur permettre de réfléchir et d’analyser au lieu de les prédisposer à n’être qu’une bande magnétique qui se répète dès que le mécanisme est déclenché. Il faudrait que les partis politiques, les organisations nationales et les acteurs de la société civile œuvrent pour l’unité nationale. Il faudrait les inviter à resserrer les rangs et à conjuguer les efforts afin de contrer et venir à bout du terrorisme qui nous empoisonne la vie. Il faudrait instaurer une vraie justice sociale, préserver les libertés et garantir la dignité à tout un chacun. Il faudrait, enfin, que la religion utilisée à des fins politiques,  aidée en cela par une kyrielle de démagogues et de politicards véreux, en plus de notre silence complice, ne soit plus instrumentalisée.

Sinon, programmons et coordonnons des frappes aériennes sur option « non stop » contre Daech si l’on veut, il en restera toujours quelque chose, un embryon de ce phénix malveillant qui renaît de ses cendres et menace de détruire l’essence de l’humanité.

À propos de l'auteur:

Souad Mekkaoui

Souad Mekkaoui est la Directrice de la Rédaction de « Maroc diplomatique ». Une passion pour l’écriture et un irrésistible désir de communiquer. Auparavant professeur de langue française, écrivaine et aujourd’hui journaliste en charge de « Maroc diplomatique » dans ses versions écrite et numérique, Souad Mekkaoui, auteure de Plus forte que la souffrance et Femmes au purgatoire, elle est aussi une femme engagée avec sa plume contre les abus de tous genres, sociétaux et moraux. Son style s’inspire de l’impertinence, il nous livre en revanche une vision pertinente des choses, il questionne…

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