Une étudiante marocaine défilera sur les Champs-Elysées lors du 14 juillet

© Ecole polytechnique, J. Barande

Née à Casablanca de parents marocains, Ghita Houir Alami ne cache pas que le chemin pour intégrer l’une des plus prestigieuses écoles de France a été rude. Après avoir effectué ses études au sein d’établissements français au Maroc, au Canada et en France, elle aura le privilège de défiler lors du 14 juillet sur les Champs Elysées aux côtés de 40 autres élèves ingénieurs de l’X.

MAROC DIPLOMATIQUE : Pourquoi avoir choisi de poursuivre vos études en France, et dans cette école en particulier ?

Ghita Houir Alami : J’ai très rapidement été séduite par les Sciences et en particulier la physique. Dès la classe de seconde, je me suis intéressée à l’univers de la physique quantique. J’ai participé à un concours organisé par l’ambassade américaine au Maroc (« Race to space ») autour de ce thème. A cette époque-là, j’hésitais à poursuivre mes études aux États-Unis dans une grande faculté. J’ai finalement opté pour des classes préparatoires en France pour le challenge que ce parcours représentait pour moi. J’ai choisi de faire des classes préparatoires en France car cela m’ouvrait des portes dans le domaine des Sciences. J’aspirais à intégrer une grande école d’ingénieur comme l’X où je pourrais m’épanouir scientifiquement. Je suis fière d’avoir intégré l’École Polytechnique et de m’inscrire dans la lignée de noms illustres comme Fresnel ou Poisson.

MD_Avez-vous éprouvé des difficultés pour accéder à cette école, ou des difficultés en tant que Marocaine en France ?

GHA_Accéder à l’École Polytechnique n’est pas une mince affaire. Il faut passer par deux ans de classes préparatoires où travail, sacrifice et détermination sont les maîtres mots. J’ai la chance d’avoir une famille qui m’a soutenue à toutes les étapes de cette aventure, et qui croyait en moi parfois plus que je ne croyais en moi-même. J’ai par ailleurs été très bien accueillie au sein du lycée Sainte-Geneviève où j’ai effectué mes classes préparatoires.


MD_Vous allez défiler pour le 14 juillet, comment l’avez-vous appris et qu’est-ce que cela représente pour vous et vos proches ?

GHA_D’habitude, nous sommes plus de 300 X à défiler sur les Champs-Élysées pour le 14 juillet. Cette année particulière a connu une réduction de cet effectif à seulement une quarantaine de défilants. Les sélections ont donc été rudes : elles étaient basées sur l’investissement des élèves dans leurs sections à l’École, ainsi que leur investissement pour la communauté pendant la crise du Coronavirus. J’ai donc appris que j’étais retenue par mes cadres de l’École et j’ai alors été très émue. Émue d’avoir été sélectionnée pour représenter cette École militaire alors que je ne suis pas française. Émue par la confiance et la responsabilité qu’on me donnait. Pour moi, c’est un grand honneur de défiler pour la France, et pour mes proches aussi. Je ne pense pas que cela soit contradictoire avec mon amour pour le Maroc, je suis simplement fière de représenter mes camarades polytechniciens, français et étrangers, pour cette fête inscrite dans les traditions de l’École qui ouvre le défilé depuis des années.

MD_Envisagez-vous de revenir au Maroc après l’obtention de votre diplôme ?

GHA_Je serais très heureuse de pouvoir revenir au Maroc après l’obtention de mon diplôme car c’est le pays où j’ai grandi et où vit ma famille. Moi qui m’oriente vers une carrière dans la Recherche scientifique, j’espère que le Maroc m’offrira l’opportunité d’y réaliser mes ambitions.


MD_Quels sont vos projets après l’obtention de votre diplôme ? Quel métier aimeriez-vous exercer ? Et quel serait votre rêve ?

GHA_L’idéal serait de faire de la recherche scientifique appliquée à l’innovation, et le rêve serait que cela soit possible au Maroc.

MD_Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Marocains résidant au Maroc et ailleurs ?

GHA_Ce que je retiens de mon expérience c’est que lorsqu’on a le courage de se fixer un objectif, aussi ambitieux soit-il, il suffit d’y croire pour trouver la force et la détermination de travailler, de s’acharner, jusqu’à la réussite. A la fin du lycée, j’ai décidé que j’intégrerais l’École Polytechnique. Il y a eu des moments très difficiles, mais j’ai toujours gardé les yeux rivés sur l’objectif. J’ai fait beaucoup de sacrifices, mais aujourd’hui, je suis fière surtout parce que mes parents le sont.


MD_Quel message aimeriez-vous adresser aux décideurs marocains ?

GHA_Je souhaiterais que le Maroc puisse offrir l’opportunité à tous les étudiants marocains de concrétiser leurs ambitions professionnelles dans leur pays natal. En ce qui me concerne, je serais ravie de voir se développer le secteur de la Recherche scientifique.