La corruption, cette trahison du patriotisme dont il faut couper les racines

CE QUE JE PENSE

La série de scandales de corruption qui frappe notre pays, depuis quelque temps, met en exergue une crise de confiance profonde entre les citoyens et leurs représentants. Ces affaires, loin d’être perçues comme de simples défaillances individuelles, sont le symptôme d’un mal plus profond, symptomatique d’une érosion de l’éthique politique qui semble s’être insinuée dans les fondements même de la gouvernance.

De fait, la transparence, pierre angulaire de toute démocratie, semble être éclipsée par un voile d’opacité et de laxisme. L’affaire de Saïd Naciri et Abdenbi Bioui en s’étendant au-delà du monde du football pour toucher les sphères politiques les plus élevées, illustre de manière frappante cette crise. Ces scandales ne sont pas uniquement le reflet d’actes répréhensibles isolés mais révèlent une pratique de corruption systémique, où le marchandage de postes et les attributions douteuses de marchés publics semblent s’être institutionnalisés.

Cette situation engendre une double conséquence. D’une part, elle creuse le fossé entre les élites dirigeantes et la population, dont les aspirations à une gouvernance intègre et transparente semblent trahies. D’autre part, elle ternit l’image du Maroc sur la scène internationale, à un moment où le Royaume aspire à renforcer son rôle et son influence. Plus grave encore, les scandales de mœurs et de drogue qui s’ajoutent à cette liste noire viennent témoigner d’un profond malaise éthique au sein de nos sphères politiques. Sans oublier des affaires qui secouent la scène publique comme celle du secrétaire général du Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger. Ce constat, dépeint avec une acuité particulière dans le panorama politique actuel, soulève une interrogation brûlante : Où sont passés l’exemplarité et l’intégrité que le peuple marocain est en droit d’attendre de ses représentants ?

La politique marocaine face à ses démons

Dans le sillage de ces révélations troublantes, le paysage politique marocain se trouve aujourd’hui à un moment critique, où la crise de l’éthique politique menace de saper les fondements même de la confiance publique et de l’engagement civique. Les affaires impliquant de hautes personnalités ne sont pas simplement des  faits choquants ; elles mettent en lumière une faille systémique au cœur de la gouvernance, où l’éthique et l’intégrité semblent être compromises par des intérêts personnels et un manque de redevabilité. De l’affaire de corruption la plus sombre aux scandales de mœurs les plus sordides, aucun parti, du Rassemblement National des Indépendants (RNI) au Parti de la Justice et du Développement (PJD), en passant par le Parti Authenticité et Modernité (PAM), l’Istiqlal ou encore l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), n’échappe à cette tourmente.

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Ces scandales, révélateurs d’un malaise plus profond, posent avec acuité la question de la réforme du système politique et institutionnel marocain. Ils invitent à une réflexion urgente sur les mécanismes de contrôle, la transparence des processus décisionnels et la responsabilisation des élites. La nécessité de rétablir la confiance entre les citoyens et leurs représentants apparaît comme un impératif catégorique pour préserver la stabilité sociétale. Aujourd’hui, les Marocains, dans leur grande majorité, ne font plus confiance qu’à leur Roi et aux institutions de défense et de sécurité sans plus.

Le défi éthique du Maroc politique

L’initiative des autorités judiciaires marocaines d’intensifier leurs efforts dans la lutte contre la corruption est un pas important vers la restauration de l’intégrité et de la confiance dans les institutions publiques. Cet élan, marqué par une série d’enquêtes, de procès, et de condamnations, témoigne d’une prise de conscience des enjeux cruciaux que représente la corruption pour la société et l’État. Toutefois, la complexité et l’ancrage profond de ces pratiques corruptives mettent en évidence les défis considérables auxquels le pays est confronté dans son combat pour une gouvernance éthique. L’appel à une mobilisation générale des forces vives de la nation souligne l’urgence d’une approche holistique pour combattre efficacement la corruption. La mise en place de mécanismes de transparence et de responsabilité, le renforcement des institutions de contrôle, et la promotion d’une culture politique fondée sur l’intégrité sont autant de leviers essentiels à actionner pour ériger un rempart contre la corruption.

Dans ce contexte, les partis politiques, qu’ils soient au gouvernement ou dans l’opposition, ont un rôle primordial à jouer. L’adoption d’une politique de tolérance zéro à l’égard des comportements délictueux au sein de leurs rangs est impérative. Il s’agit non seulement d’une question de responsabilité légale mais également d’une exigence éthique fondamentale pour restaurer la foi du peuple dans le processus démocratique et dans ses représentants. Les réformes envisagées doivent cibler la racine du problème, en instituant des mesures concrètes pour garantir l’intégrité et la transparence dans toutes les sphères de l’action publique.

Patriotisme dites-vous ?

La crise de patriotisme dévoilée chez certains, exacerbée par les scandales de corruption récents, soulève des questions fondamentales sur la nature de l’engagement des élites dirigeantes envers leur pays. Le patriotisme, cet amour sincère pour son pays, se manifeste par une volonté de contribuer à son développement et à son rayonnement. Or, comment peut-on parler de patriotisme lorsque les avantages et privilèges dont jouissent certains individus, souvent fruits d’une position au sein de l’appareil d’État ou de ses périphéries, entrent en contradiction flagrante avec les réalités du quotidien de millions de Marocains ? Cette dichotomie n’est pas seulement économique ; elle est profondément morale et éthique, alimentant un sentiment d’injustice et d’abandon, minant ainsi la cohésion sociale et affaiblissant le tissu national.

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Dans ce contexte, la lutte contre la corruption dépasse la simple mise en place de mesures législatives ou techniques ; elle requiert une remise en question profonde des valeurs et des principes qui guident l’action publique. Ce combat doit s’accompagner d’une volonté de renforcer les liens entre les citoyens et leurs représentants, de redéfinir le sens de la responsabilité publique et de réinscrire le patriotisme comme valeur centrale de l’action gouvernementale.

Au-delà des réformes structurelles, c’est une véritable révolution culturelle qui est nécessaire au sein du paysage politique marocain. La culture de l’impunité, longtemps tolérée, doit laisser place à un régime de responsabilité où chaque acteur est pleinement conscient de son devoir envers la nation. La réaffirmation du patriotisme comme principe directeur implique un engagement réel pour le bien-être collectif, dépassant les ambitions personnelles et partisanes. Au cœur de cette démarche, le rôle de l’éducation et de la sensibilisation est primordial. L’inculcation de valeurs de transparence, d’intégrité et de dévouement au service de l’intérêt général dès le plus jeune âge peut contribuer à façonner les futures générations de dirigeants. De même, la valorisation des exemples de conduite éthique et patriotique dans l’administration publique et au sein des entreprises peut servir de modèle et d’inspiration.

Enfin, l’engagement envers un patriotisme authentique et désintéressé doit être soutenu par des mécanismes de contrôle efficaces et par une justice capable de sanctionner équitablement les dérives. Seule une action résolue et collective, impliquant tous les secteurs de la société, peut mener à une réhabilitation de la notion de patriotisme et à la restauration de la confiance dans les institutions. Cet engagement renouvelé envers les valeurs patriotiques est essentiel pour surmonter les défis présents et futurs, et pour bâtir un Maroc où l’intégrité, la transparence et le souci du bien commun sont au cœur de l’action politique.

La crise actuelle au Maroc, marquée par une profonde défiance à l’égard des élites politiques et une aspiration à une gouvernance plus intègre, résonne étrangement avec les propos tenus par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le 6 novembre 2014. Dans son discours, le Souverain mettait en garde contre l’instrumentalisation de la cause nationale à des fins personnelles ou politiques, affirmant de manière péremptoire que « le Maroc ne sera jamais une fabrique pour les martyrs de la trahison ». Ce faisant, il tranchait de façon claire : « Soit on est patriote, soit on est traitre ».

Cet appel à la loyauté et à l’intégrité nationales est aujourd’hui plus pertinent que jamais. La crise de confiance actuelle ne se résoudra pas par des mesures superficielles ; elle appelle à une refonte radicale des pratiques et des mentalités qui régissent la sphère politique marocaine. La corruption, la satisfaction de caprices égoïstes aux dépens de l’intérêt général, et la perception de la politique comme une avenue vers l’enrichissement personnel doivent laisser place à un engagement renouvelé envers le progrès, la justice, et le bien-être collectif. La réforme nécessaire est donc double : d’une part, punitive, par la mise en place d’une justice indépendante capable de traiter avec équité tout acte de corruption, sans considération de statut ou de position. D’autre part, constructive, par la création d’une culture de l’intégrité, de la responsabilité et du service public, où le rôle de l’homme politique est celui d’un serviteur de l’intérêt public et non d’un chasseur d’opportunités personnelles.

La tâche est certes immense, mais la crise actuelle offre une opportunité historique pour le Maroc. Les citoyens demandent des actes concrets et une gouvernance qui reflète la noblesse des actions plutôt que l’ampleur des scandales. Ils aspirent à des leaders qui portent les valeurs de leur patrie avec fierté et dévouement, et non qui les exploitent pour des gains éphémères. Dans ce contexte, le patriotisme doit servir de phare, guidant les actions des dirigeants vers la restauration d’une fierté nationale véritable et durable. Par ailleurs, il est crucial de repenser le rôle des partis politiques, non seulement en tant que vecteurs d’idéologies et de programmes, mais également comme garants de l’intégrité et de la moralité de leurs membres. La sélection et la surveillance des candidats, la transparence des financements et la mise en œuvre de codes éthiques internes robustes devraient constituer des priorités absolues pour ces entités politiques.

Il est clair que la tâche qui attend le Maroc est ardue, mais l’enjeu est de taille : il s’agit de reconquérir la confiance des citoyens et de poser les bases d’une gouvernance respectueuse des principes démocratiques. L’heure est à l’action résolue et coordonnée pour forger un avenir politique marocain digne de l’aspiration de ses citoyens à la justice, à l’équité, et à l’intégrité.

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